Le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a lancé un appel sans ambages à l’Union africaine, jeudi à Ouagadougou, lors d’une audience avec le président de sa Commission, Mahamoud Ali Youssouf. Il a exigé une refondation en profondeur de l’organisation, estimant qu’elle ne peut plus se contenter de ses missions actuelles sans une rupture franche avec ses fragilités structurelles. Pour lui, l’heure est à un sursaut souverainiste, qui passe par une autonomie réelle et une solidarité agissante, en particulier envers les États du Sahel en première ligne du terrorisme.
Au-delà des déclarations de principe, le chef du gouvernement burkinabè a mis le doigt sur le talon d’Achille de l’institution panafricaine : sa dépendance financière chronique vis-à-vis des bailleurs de fonds extérieurs. Cette situation, a-t-il souligné, bride la capacité de l’UA à porter un discours et une action véritablement indépendants sur la scène internationale. Il a également dénoncé l’insuffisance des mécanismes de décision, qu’il juge trop lents et inadaptés aux urgences sécuritaires, tout en appelant à une réforme du mode de financement pour que l’organisation puisse enfin défendre les intérêts stratégiques du continent sans ingérence.
Ces propos interviennent dans un climat de défiance croissante entre plusieurs pays sahéliens et les institutions internationales, perçues comme impuissantes face à la dégradation sécuritaire. Le Burkina Faso, comme ses voisins du Mali et du Niger, a opéré un virage stratégique en se rapprochant d’autres partenaires, tout en clamant une souveraineté retrouvée. La visite de Mahamoud Ali Youssouf, la première depuis son élection à la tête de la Commission, était donc très attendue. Elle survient alors que l’UA tente de redéfinir son rôle dans un espace ouest-africain fragmenté, où les juntes militaires remettent en cause les cadres de coopération traditionnels.
Ce plaidoyer burkinabè pour une « Union plus souveraine » place Mahamoud Ali Youssouf devant un dilemme cornélien. S’il veut crédibiliser son mandat, il devra proposer des pistes concrètes pour réduire la facture extérieure de l’UA, un chantier titanesque qui implique de revoir les contributions des États membres. À court terme, l’institution devra surtout prouver sa capacité à accompagner le Burkina dans ses priorités, sans se substituer aux choix politiques locaux. L’issue de cette séquence pourrait donner le ton de la nouvelle relation entre Addis-Abeba et les capitales sahéliennes, où l’on attend des actes, et non plus des résolutions.
Le Premier ministre a également insisté sur un point souvent relégué au second plan : la consultation de la jeunesse africaine. Pour lui, l’UA doit impérativement adapter son action aux attentes des jeunes générations, qui constituent l’immense majorité de la population du continent et qui sont les premières victimes de l’insécurité et du chômage. En saluant la visite du président de la Commission, il a toutefois ouvert une fenêtre de dialogue, tout en rappelant que la réalité du terrain ne se comprend qu’en se déplaçant. De son côté, Mahamoud Ali Youssouf a pris acte de la volonté de souveraineté du Burkina et réaffirmé que le pays reste un membre clé de la famille africaine, tout en exprimant la solidarité de l’UA face au terrorisme. Reste à savoir si ces assurances suffiront à convaincre Ouagadougou que l’institution est prête à changer de braquet.



