La valeur des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique a atteint 203,54 milliards de dollars au premier semestre 2026, enregistrant une progression de 24 % par rapport à la même période de l’année précédente. Cette dynamique, portée par une hausse simultanée des exportations et des importations, confirme l’intensification des liens économiques bilatéraux dans un contexte mondial troublé par les tensions commerciales entre Pékin et Washington.
Cette croissance spectaculaire est tirée par deux moteurs distincts. D’une part, les exportations chinoises vers le continent ont bondi de 26,2 % pour s’établir à 130,01 milliards de dollars. D’autre part, les importations chinoises en provenance d’Afrique ont cru de 20,3 %, atteignant 73,53 milliards de dollars. Cette double progression n’en est pas moins paradoxale, puisqu’elle a creusé le déficit commercial africain, qui s’élève désormais à 56,48 milliards de dollars, un niveau historiquement élevé qui interroge sur la pérennité de ce modèle d’échanges.
L’explosion des exportations chinoises est une conséquence directe de la guerre commerciale qui oppose Pékin à Washington. Confronté à une hausse drastique des droits de douane américains, le géant asiatique a réorienté son appareil productif vers les marchés émergents, dont l’Afrique, pour écouler sa production. Parallèlement, la hausse des importations chinoises s’explique en grande partie par l’envolée des prix des matières premières, notamment le pétrole et les minerais, depuis le début de l’année. Ce rééquilibrage forcé, s’il profite aux pays exportateurs de ressources, ne change rien à la nature structurelle des échanges.
La Chine a tenté de désamorcer les critiques en étendant, depuis le 1er mai 2026, son traitement tarifaire « zéro droit » à l’ensemble des pays africains entretenant des relations diplomatiques avec elle, à l’exception d’Eswatini. Cette mesure, bien que symboliquement forte, ne saurait résoudre le problème de fond. Comme le soulignent les experts, plus de 94 % des exportations africaines bénéficiaient déjà de cette exonération. Le véritable enjeu ne réside pas dans la fiscalité à l’importation, mais dans la faiblesse des capacités industrielles du continent, qui l’empêche de transformer localement ses ressources et de monter en gamme.
Ce déséquilibre chronique suscite des inquiétudes croissantes. Dans un rapport publié fin 2025, Oxford Economics mettait en garde contre le risque de tensions commerciales accrues. L’afflux massif de produits manufacturés chinois, concurrençant directement les industries locales naissantes, pourrait inciter plusieurs pays africains à adopter des mesures protectionnistes, comme des droits antidumping ou des quotas. La Chine semble consciente de ce risque, comme en témoignent ses gestes tarifaires, mais ceux-ci apparaissent comme des palliatifs insuffisants face à un problème de compétitivité structurelle.
Face à ce constat, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) préconise une approche plus offensive. Le simple accès au marché chinois ne suffit pas ; il est impératif de lever des obstacles opérationnels majeurs. Cela implique de développer des chaînes de valeur régionales, de renforcer les corridors logistiques et les infrastructures portuaires, et d’adapter l’offre exportatrice aux nouvelles tendances de la consommation chinoise. Afin d’éviter que le déficit commercial ne se transforme en dépendance politique, les États africains doivent impérativement accélérer leurs réformes industrielles pour transformer leurs matières premières sur place.



