Le Sénégal a officialisé lundi son soutien à la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Cette décision fait suite à un entretien entre M. Sall et son successeur, Bassirou Diomaye Faye, le 17 juillet au Palais de la République. Le gouvernement a immédiatement instruit son réseau diplomatique de se mobiliser pour promouvoir cette candidature, marquant ainsi le début d’une campagne officielle soutenue par l’appareil d’État.
L’ancien chef de l’État, en fonction de 2012 à 2024, a officiellement présenté son projet à Bassirou Diomaye Faye, qui a donné son « plein soutien » à cette ambition internationale, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Au-delà de la formalité protocolaire, cet accord traduit une volonté affichée de continuité républicaine et de rassemblement autour des intérêts supérieurs de la nation. La rencontre, jugée « cordiale et constructive », a permis à Macky Sall d’exposer l’évolution de sa campagne pour la succession d’António Guterres, dont le mandat expire le 31 décembre 2026.
Cette candidature s’inscrit dans une compétition internationale de haut niveau, où les équilibres géopolitiques et le principe de rotation régionale sont déterminants. Traditionnellement, le poste de secrétaire général alterne entre les continents, et l’Afrique de l’Ouest, qui n’a pas été représentée à ce poste depuis Boutros Boutros-Ghali dans les années 1990, estime son heure venue. Cependant, la course est ouverte : six candidats sont en lice, dont des figures expérimentées comme la Chilienne Michelle Bachelet ou l’Argentin Rafael Grossi. Macky Sall, fort de son expérience à la tête du Sénégal et de son récent rôle à la présidence de l’Union africaine, joue la carte d’un leadership africain unifié, mais devra convaincre au-delà du continent.
Le processus de sélection entre désormais dans une phase décisive. Après les auditions publiques des candidats, le Conseil de sécurité, où siègent les cinq puissances veto, mènera des consultations à huis clos pour dégager un nom à soumettre à l’Assemblée générale. Le calendrier est contraint, et les prochains mois verront une intensification des manœuvres diplomatiques. Pour Macky Sall, l’enjeu est de consolider les soutiens obtenus à Pékin, à Athènes et à New York, tout en capitalisant sur le poids diplomatique du Sénégal. Mais sa candidature devra surmonter les réticences potentielles de certains pays du Sud, qui pourraient lui reprocher une gestion controversée de la fin de son mandat, et les calculs stratégiques des grandes puissances.
L’offensive diplomatique menée par l’ancien président sénégalais ne se limite pas aux capitales occidentales. Après Dakar, Macky Sall s’est rendu à Banjul, où il a été reçu par le président gambien Adama Barrow, plaçant sa campagne sous le signe du plaidoyer continental pour la paix, la sécurité et le développement durable. Cette tournée africaine est stratégique : elle vise à bâtir un front commun qui pèserait dans les négociations du Conseil de sécurité. Toutefois, les observateurs notent que le soutien de Dakar, bien qu’indispensable, n’est pas une garantie de succès, car la décision finale relève d’un équilibre délicat entre les intérêts des États membres permanents et non-permanents.
Si la continuité républicaine affichée par Bassirou Diomaye Faye est saluée, elle n’efface pas les tensions politiques qui ont marqué la transition en 2024. Le ralliement de l’ancien opposant à la candidature de son prédécesseur relève autant d’un calcul diplomatique que d’une nécessité institutionnelle, le Sénégal cherchant à maximiser son influence sur la scène mondiale. Mais Macky Sall devra faire face à des critiques sur son bilan en matière de droits de l’homme et de gouvernance, qui pourraient resurgir durant les auditions publiques. Dans ce jeu d’équilibre, la candidature sénégalaise incarne à la fois une ambition légitime et un test pour la diplomatie ouest-africaine, confrontée à la réalité d’un multilatéralisme de plus en plus concurrentiel.



