Le président somalien Hassan Cheikh Mohamoud a donné le ton, samedi à Mogadiscio, en présidant l’ouverture de la 8e session du Parlement fédéral. Devant les députés réunis en séance conjointe au palais présidentiel de Villa Hargeisa, il a fait de la lutte contre le terrorisme le fil conducteur de son allocution, saluant des « avancées tangibles » sur le terrain militaire, deux jours seulement après un entretien stratégique avec le commandant de l’AFRICOM.
Le chef de l’État a insisté sur le rôle déterminant des forces armées somaliennes, appuyées par les populations locales, dans les opérations visant le groupe shebab, désigné par le terme « Khawarij » par les autorités. Il a également félicité les parlementaires pour leur contribution à la consolidation des institutions et à la redevabilité des administrations publiques. Si le discours officiel met en avant des succès opérationnels, la réalité du terrain reste complexe : les shebab contrôlent encore de vastes zones rurales et continuent de mener des attaques meurtrières dans la capitale et ailleurs, rappelant que l’emprise du groupe demeure une épine dans le flanc du gouvernement fédéral.
Cette déclaration de fermeté intervient dans un contexte de coopération militaire renforcée avec les États-Unis. Jeudi, le président Mohamoud a rencontré le général Dagvin R.M. Anderson, commandant de l’AFRICOM, pour faire le point sur la sécurisation du pays et l’accélération des opérations antijihadistes. Washington, partenaire historique de Mogadiscio, appuie les forces somaliennes par des frappes ciblées, du renseignement, de la formation et l’équipement d’unités d’élite comme les Danab. Cet engagement s’inscrit dans une stratégie régionale plus large visant à contenir les réseaux affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, dont la branche somalienne est active dans les montagnes du Puntland.
Parallèlement à l’urgence sécuritaire, Hassan Cheikh Mohamoud a réaffirmé l’engagement de son gouvernement à organiser des élections directes, gage selon lui d’une gouvernance inclusive et d’une consolidation démocratique. Cette promesse, récurrente dans le discours officiel, se heurte toutefois à la fragilité des institutions et à la persistance des violences, qui entravent la tenue d’un scrutin crédible dans l’ensemble du territoire. Le président mise sur cette double dynamique – offensive militaire et transition politique – pour ancrer la légitimité de son action, mais les défis logistiques et sécuritaires restent immenses.
Si les États-Unis demeurent un soutien de premier plan, leur approche, essentiellement militaire, suscite des interrogations sur sa capacité à éradiquer durablement l’insurrection. Les frappes aériennes, bien qu’efficaces ponctuellement, ne remplacent pas une stabilisation politique et économique des régions rurales, où les shebab puisent leurs ressources et leur recrutement. Par ailleurs, la présence américaine, perçue avec méfiance par une partie de la population, alimente parfois un ressentiment que les jihadistes exploitent habilement.
Dans les rues de Mogadiscio, le discours présidentiel est accueilli avec un mélange d’espoir et de résignation. Les habitants, premiers touchés par les attentats et les mesures de sécurité, attendent des résultats concrets au-delà des déclarations. Des voix critiques, au sein de la société civile, rappellent que la lutte antiterroriste ne saurait se résumer à une question militaire : elle exige une réforme profonde de l’État, une justice accessible et des services publics fonctionnels. Sans ces piliers, l’offensive contre les shebab risque de tourner en cycle sans fin, malgré le renfort américain.



