Maurice Kamto démissionne de la présidence du MRC, Mamadou Mota quitte également son poste de vice-président. L’annonce, faite ce 8 septembre, surprend par son timing et sa soudaineté. L’opposant camerounais, qui fut candidat à la présidentielle de 2018 et écarté de celle de 2025, cède la tête du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. Dans une lettre publiée sur sa page Facebook, il justifie son départ par « l’intérêt supérieur du parti, de ses militants et du Peuple du Changement ». Une clarification officielle de sa part est toujours attendue, mais la décision est déjà consommée.
Mamadou Mota, qui quitte également la vice-présidence, dénonce sans ambages « un acharnement constant de l’administration camerounaise ». Il affirme vouloir, par ce retrait, « priver le régime d’un sujet de focalisation » afin de permettre au MRC de poursuivre ses objectifs, en particulier en vue des élections législatives et municipales prévues début 2027. La décision des deux dirigeants ne signifie pas une sortie du parti, mais un recul stratégique pour tenter de désamorcer les tensions avec le pouvoir.
Depuis plusieurs mois, Maurice Kamto et le MRC font face à des procédures intentées par d’anciens membres contestant sa réélection à la tête du parti lors de la convention de décembre dernier. Fin août, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, avait indiqué dans une correspondance ne pas juger opportun de prendre acte de cette convention, laissant planer une menace d’invalidation. Ce climat de défiance et de pression institutionnelle a pesé lourd dans la balance, selon plusieurs sources internes au MRC.
En attendant une convention extraordinaire, c’est Tiriane Noah, autre vice-présidente, qui assure l’intérim à la tête du parti. Mais le calendrier électoral, fixé uniquement par le chef de l’État, reste une source d’incertitude. Les observateurs estiment que ce départ pourrait soit apaiser les tensions avec le pouvoir, soit au contraire affaiblir l’opposition à un moment clé, alors que le MRC se prépare pour les scrutins locaux et législatifs de 2027.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs saluent la « classe » de Maurice Kamto et estiment qu’il était temps pour lui de souffler après des années éprouvantes. Thierry, un admirateur du président démissionnaire, rappelle les difficultés accumulées depuis 2018, notamment son élimination de la course présidentielle en 2025. Mais pour Justin Noah, secrétaire général à la communication du MRC, cette démission n’était pas obligatoire. Il reconnaît toutefois que les pressions exercées par l’administration ont pesé, et que l’intensité de l’acharnement étatique ne pouvait plus être ignorée.
L’un des plaignants dans les procédures contre le MRC a d’ores et déjà indiqué que ce départ serait évoqué dans les prochaines plaidoiries. Pendant ce temps, au sein du parti, on affiche une volonté de tourner la page et de se concentrer sur les échéances à venir, même si le flou persiste quant au rôle exact que jouera désormais Kamto, dont l’influence politique demeure considérable.



