En juillet 2026, les États-Unis ont importé 225 094 tonnes de cuivre raffiné et d’alliages, un record mensuel qui traduit une accélération spectaculaire de la demande américaine. Mais derrière ce chiffre, une autre tendance émerge, plus significative pour l’Afrique : la République démocratique du Congo se hisse au deuxième rang des fournisseurs de cuivre des États-Unis, avec près d’un quart des volumes importés ce mois-là, devançant le Canada et le Pérou. Une progression qui confirme la stratégie de diversification commerciale engagée par Kinshasa depuis 2025.
Sur les 225 094 tonnes de cuivre raffiné et d’alliages entrées sur le sol américain en juillet, le Chili reste le premier fournisseur avec environ 46 % des parts. La RDC suit désormais de près, avec une part estimée à 24 %, devant ses concurrents historiques. Cette performance s’inscrit dans une dynamique plus large : sur l’ensemble de l’année 2025, les importations américaines de cuivre raffiné ont bondi de 81 % en glissement annuel, pour atteindre 1,63 million de tonnes. La RDC y a contribué à hauteur de 187 000 tonnes, se plaçant déjà au deuxième rang, loin derrière le Chili (876 000 tonnes), mais devant le Canada. Les données du premier semestre 2026 confirment cette tendance haussière, même si la répartition détaillée des volumes entre fournisseurs reste à préciser.
Cette montée en puissance congolaise sur le marché américain ne doit rien au hasard. Elle s’inscrit dans une volonté affirmée de Kinshasa de réduire sa dépendance au circuit chinois, qui capte l’essentiel des exportations de cuivre du pays depuis des années, en raison de la présence massive d’investisseurs chinois dans le secteur minier. Selon la Cellule technique de coordination et de planification minière (CTCPM), la part des ventes de cuivre congolais destinées aux États-Unis et à l’Europe a doublé par rapport à 2025, portée par la Gécamines, qui exerce son droit de prélèvement sur la production des mines où elle détient des participations. Ce repositionnement commercial vise à monétiser directement les parts de l’État et à diversifier les débouchés d’une ressource qui constitue la première source de recettes d’exportation du pays.
Ce rééquilibrage s’accompagne d’un rapprochement politique et stratégique entre Kinshasa et Washington, matérialisé en décembre 2025 par la signature d’un partenariat autour des minerais critiques. Les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements dans un contexte de concurrence accrue avec la Chine, tandis que la RDC espère attirer davantage d’investissements américains et renforcer son pouvoir de négociation. Depuis cet accord, plusieurs opérations concrètes ont vu le jour, comme le rachat de Chemaf SA par l’américain Virtus Minerals en mars 2026, ou le projet d’Orion Critical Minerals, soutenu par Washington, visant à prendre des participations dans les mines de Mutanda et Kamoto. Ces signaux laissent présager une intensification des liens miniers entre les deux pays.
Reste à savoir si cette accélération des flux de cuivre vers les États-Unis sera durable. Au-delà des choix politiques et des accords bilatéraux, la réalité du marché reste déterminante. Le cuivre évolue dans un contexte haussier depuis plusieurs mois, ce qui favorise les exportations, mais une correction des cours pourrait réduire l’attractivité de ce débouché. Kinshasa devra donc conjuguer diversification géographique et optimisation de ses revenus, en fonction des conditions de prix et des coûts logistiques. Le même enjeu se pose pour le cobalt, autre minerai stratégique pour lequel la RDC progresse également sur le marché américain. La conquête du marché américain ne fait que commencer, et sa pérennité dépendra autant des capacités de production congolaises que de la stabilité de la demande outre-Atlantique.



