La Banque mondiale a vivement déconseillé au Zimbabwe d’accélérer la transition vers sa nouvelle monnaie adossée à l’or, le Zimbabwe Gold (ZiG), au risque de compromettre les fragiles acquis macroéconomiques des dernières années. Dans un rapport publié le 4 septembre, l’institution financière multilatérale estime que l’objectif gouvernemental de faire du ZiG l’unique monnaie nationale d’ici 2030 est prématuré et dangereux, en raison de la méfiance chronique des citoyens et des entreprises envers toute devise locale.
La Banque mondiale souligne qu’imposer un changement de cap avant que la crédibilité du ZiG ne soit solidement établie risque de provoquer une fuite des capitaux, d’élargir les écarts de change sur le marché parallèle et d’annuler les progrès accomplis en matière de stabilisation. Elle rappelle l’échec cuisant de la réintroduction du dollar zimbabwéen en 2019, qui, faute de confiance populaire, avait plongé le pays dans une nouvelle spirale inflationniste. La leçon est claire : sans ancrage psychologique et institutionnel, aucune réforme monétaire ne tient.
Depuis la réforme agraire controversée des années 2000 sous Robert Mugabe, qui a expulsé 4 500 grands propriétaires blancs et brisé la production agricole, le Zimbabwe n’a cessé de naviguer de crise en crise. L’abandon du dollar zimbabwéen en 2009 au profit du billet vert avait alors apporté une stabilité bienvenue. Mais la réintroduction forcée de la monnaie locale en 2019, suivie de multiples effondrements, a renforcé la préférence des ménages et des entreprises pour les actifs en devises étrangères, qui représentent aujourd’hui plus de 83 % de la masse monétaire.
Elle appelle les autorités à reconstruire progressivement la crédibilité du ZiG, un processus long qui exige non seulement une stabilité nominale, mais aussi une cohérence politique durable. À court terme, elle recommande de maintenir une discipline budgétaire stricte, de constituer des tampons financiers pour faire face à un éventuel retournement des termes de l’échange, et de poursuivre le règlement des arriérés de dette extérieure, actuellement estimée à 21,3 milliards de dollars. La France et le Royaume-Uni ont d’ailleurs accepté de coprésider un nouveau Groupe consultatif sur la dette pour faciliter cette restructuration.
L’économie zimbabwéenne bénéficie pour l’instant de vents favorables : prix élevés de l’or et du platine, récoltes de tabac robustes et flux soutenus de transferts de la diaspora. Mais ces soutiens sont volatils. La Banque mondiale met en garde contre une dépendance excessive à ces facteurs exogènes, qui pourraient s’inverser brutalement. Elle insiste sur la nécessité de ne pas confondre reprise conjoncturelle et redressement structurel, et de ne pas sacrifier la stabilité retrouvée sur l’autel d’un nationalisme monétaire précipité.
En définitive, l’institution de Bretton Woods ne dit pas autre chose que ce que les Zimbabwéens savent déjà : la confiance ne se décrète pas. Elle se gagne par des années de politique cohérente, de transparence et de résultats tangibles. La dédollarisation, si elle doit advenir, ne pourra être que le couronnement d’une crédibilité patiemment construite, et non un raccourci politique imposé d’en haut. Le risque, sinon, est de voir se répéter le scénario de 2019, avec des conséquences sociales et économiques potentiellement dévastatrices.



