La ville de Winnipeg a officiellement nommé deux artères principales du nouveau quartier Water Tower District, dans le secteur de Saint-Boniface, en hommage à deux figures francophones marquantes : Ibrahima Diallo, professeur retraité de l’Université de Saint-Boniface venu du Sénégal il y a plus de quarante ans, et Paulette Duguay, leader de la communauté métisse francophone disparue l’an dernier. La cérémonie d’inauguration s’est tenue lundi, en présence des familles et des autorités locales.
Pour Ibrahima Diallo, cet honneur dépasse sa personne. Il y voit un message d’inclusion adressé à toute la communauté immigrante de la ville. « On sent qu’on appartient à une communauté, à une société », a-t-il déclaré lors de l’événement, rappelant que le Manitoba offre un environnement où l’on peut réussir malgré la couleur de sa peau. La fille de Paulette Duguay, Marie-France Mitchell, a pour sa part évoqué un hommage à l’impact durable de sa mère sur ceux qui l’ont côtoyée, qualifiant ce geste de cadeau inestimable pour la mémoire familiale et le patrimoine de Winnipeg.
Le Water Tower District occupe un ancien site industriel de 66 hectares, longtemps laissé à l’abandon. Il abritait autrefois les Union Stockyards et plusieurs usines de transformation de viande, notamment Canada Packers, dont les bâtiments ont été démolis en 2001. Le projet de réaménagement est porté par Olexa Developments, société basée à Calgary, en partenariat avec Shindico Realty. Olexa est actuellement le seul bailleur de fonds du projet, qui prévoit des espaces résidentiels, industriels légers, commerciaux et des parcs naturels. Les premiers résidents sont attendus au début de 2028, avec environ 500 unités construites dans les dix-huit prochains mois et près de 2 800 à terme sur une décennie.
L’avenir du quartier suscite toutefois des tensions. Teresa Cwik, présidente de l’Association des résidents de Saint-Boniface, estime que le projet est mal adapté au site. Elle critique la hauteur des bâtiments et l’arrivée prévue de 5 000 personnes ou plus dans un secteur ayant déjà accueilli quatre nouveaux immeubles à forte densité. Selon elle, les infrastructures locales ne pourront pas absorber cette croissance, et les contribuables risquent d’en supporter la facture. Elle s’inquiète particulièrement de la pression sur l’hôpital de Saint-Boniface, déjà confronté à des temps d’attente chroniques, alors que le promoteur utilise justement la proximité de l’établissement comme argument de vente.
Dan Cristall, fondateur d’Olexa, défend la dimension positive du projet. Il souligne l’importance, pour les Winnipégois, de constater que l’investissement privé reste prêt à injecter des capitaux dans ce secteur et à apporter de la valeur aux communautés. Robert Scaletta, de Shindico, confirme le calendrier : les premières occupations sont prévues pour le début de 2028, avec une montée en charge progressive sur dix ans.
Le choix des noms n’est pas anodin. Ibrahima Diallo incarne l’apport de l’immigration francophone africaine au Manitoba, tandis que Paulette Duguay représente l’héritage métis francophone de Saint-Boniface. En associant ces deux mémoires, la Ville envoie un signal fort sur la diversité de la francophonie winnipégoise. Mais l’hommage ne règle pas les questions de fond : la capacité des infrastructures, l’accès aux soins et l’acceptabilité sociale d’une densification rapide dans un quartier déjà sous tension. Le débat sur le Water Tower District ne fait que commencer.



