Le Parlement confédéral de l’Alliance des États du Sahel (AES) est officiellement entré en activité, lundi à Niamey, avec l’installation de 45 députés représentant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette session inaugurale, tenue au Centre international de conférences Mahatma Gandhi, marque le passage d’une déclaration d’intention à une réalité institutionnelle pour la jeune confédération née en juillet 2024.
Les 45 parlementaires, désignés par chacun des trois États membres, ont été installés par acclamation, sans vote ni scrutin formel. La cérémonie était présidée par le Premier ministre nigérien Lamine Zeine Ali Mahaman, représentant le général Abdourahamane Tiani, tandis que Ousmane Bougouma, président des Sessions confédérales, a officiellement ouvert les travaux. Deux vice-présidents ont été nommés : Malick Diaw, président du Conseil national de transition du Mali, et Mamoudou Harouna Djingarey, président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger. L’organe est désormais en mesure de siéger, même si son calendrier et ses premières délibérations restent à préciser.
Cette installation s’inscrit dans un processus d’intégration accéléré, engagé le 16 septembre 2023 par la signature de la Charte du Liptako-Gourma, qui a fondé l’AES en pleine rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Le 6 juillet 2024, la Confédération des États du Sahel a succédé à l’alliance initiale, dotant les trois pays d’une structure plus contraignante, incluant un exécutif confédéral et un parlement. Ce mouvement répond à une logique de souveraineté assumée, dans un contexte de lutte antiterroriste et de redéfinition des partenariats régionaux, après le retrait simultané des trois pays de la Cédéao en janvier 2024.
Le Parlement confédéral est appelé à représenter les populations et à contribuer à l’harmonisation législative, budgétaire et politique entre les États membres. Mais ses compétences précises restent à définir dans les textes d’application de la confédération. À court terme, il devra se doter d’un règlement intérieur et organiser ses premières commissions. À moyen terme, son rôle pourrait s’étendre à la supervision des projets communs, notamment dans les domaines de la défense, des infrastructures et des ressources en eau. Toutefois, l’absence de mécanismes de contrôle démocratique et la prédominance des exécutifs nationaux posent la question de son poids réel face aux juntes militaires au pouvoir.
Le message du président burkinabè Ibrahim Traoré, lu par Ousmane Bougouma, a insisté sur la nécessité de dépasser les clivages partisans et nationaux. « L’histoire vous regarde », a-t-il lancé aux députés, les exhortant à rester proches des populations. Ce discours reflète une volonté politique claire : faire de cette assemblée un outil de cohésion, non une chambre d’enregistrement. Mais la mise en œuvre dépendra de la capacité des parlementaires à s’affranchir des logiques nationales, alors que les trois pays traversent des transitions politiques fragiles et que la société civile reste largement absente du processus.
Des responsables parlementaires du Tchad et du Togo, invités à la cérémonie, ont salué l’initiative, signe que l’AES commence à exister diplomatiquement au-delà de ses frontières. Le Tchad, bien que non membre, entretient des liens sécuritaires étroits avec le Sahel central, tandis que le Togo joue un rôle de facilitateur dans les discussions régionales. Leur présence suggère que l’AES pourrait devenir un pôle d’attraction pour d’autres États, à condition de prouver son efficacité opérationnelle et sa stabilité politique.
Enfin, l’installation du Parlement confédéral ne doit pas masquer les défis concrets qui attendent l’institution : financement, personnel, locaux, et surtout coordination entre des systèmes juridiques et administratifs encore très nationaux. Les députés auront à bâtir une culture parlementaire commune, dans un environnement où l’urgence sécuritaire et la pression économique ne laissent guère de répit. La réussite de cette expérience dépendra moins des discours que de la capacité à produire des décisions contraignantes et des résultats tangibles pour les populations sahéliennes.



