Afreximbank a réalisé la plus importante émission obligataire de son histoire en levant 1,5 milliard de dollars sur les marchés internationaux. Cette opération, massivement sursouscrite, constitue un signal fort adressé aux observateurs et aux acteurs économiques : la Banque panafricaine bénéficie toujours d’une solide confiance des investisseurs, et les perspectives économiques du continent, malgré leurs fragilités, continuent d’attirer les capitaux.
L’émission, structurée selon les règles Reg S/144A, se décompose en deux tranches égales de 750 millions de dollars. La première, d’une maturité de 5,5 ans, arrivera à échéance en janvier 2032, tandis que la seconde, sur 10 ans, sera remboursable en juillet 2036. Portée par une demande soutenue en provenance du Royaume-Uni, d’Europe, d’Asie et des États-Unis, l’opération a permis à l’institution d’améliorer significativement ses conditions de financement, réduisant de 37,5 points de base le coût initial. Les rendements définitifs ont ainsi été fixés à 6,25 % pour la tranche courte et à 7,125 % pour la tranche longue, des niveaux jugés compétitifs au regard du contexte de taux élevés.
Cette levée de fonds intervient après une période de relative absence de l’institution sur le marché des obligations libellées en dollars. Afreximbank avait en effet privilégié ces dernières années des émissions dans d’autres devises, notamment une obligation Samurai au Japon en 2024 et en 2025, ainsi qu’une émission Panda en Chine en 2025. Ce retour au billet vert, sous les meilleurs auspices, marque une étape clé dans la stratégie de diversification des sources de financement de la banque. Il illustre également la capacité des institutions financières africaines à mobiliser des capitaux internationaux à des conditions attractives, en dépit d’un environnement marqué par la volatilité des marchés émergents et les tensions géopolitiques.
Les fonds ainsi levés doivent contribuer au financement de projets structurants pour le commerce intra-africain, l’industrialisation et le développement économique du continent. Dans un contexte de besoins croissants en investissements, cette manne financière renforce la capacité d’Afreximbank à jouer son rôle de catalyseur, en particulier dans le cadre de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine. L’enjeu est désormais de transformer cette confiance des marchés en projets concrets sur le terrain, en veillant à ce que les capitaux mobilisés bénéficient effectivement aux économies locales et aux petites et moyennes entreprises, souvent exclues des circuits de financement classiques.
Pour Chandi Mwenebungu, directeur général de la Trésorerie et des Marchés, ce succès reflète une confiance durable des investisseurs dans la solidité financière d’Afreximbank et dans la dynamique de croissance du continent. Le marché croit en notre mission de mobiliser des capitaux pour soutenir le commerce, l’industrialisation et la croissance, a t il déclaré. Un optimisme qu’il convient toutefois de tempérer, car si la banque affiche des fondamentaux solides, elle évolue dans un environnement où les risques de change, d’inflation et de dégradation des notations souveraines restent élevés pour de nombreux pays membres.
L’opération a été coordonnée par HSBC Bank plc, aux côtés de Standard Bank of South Africa, Standard Chartered Bank, Commerzbank et MUFG Securities EMEA plc comme chefs de file conjoints. Ce consortium de banques internationales et régionales souligne l’attractivité du dossier Afreximbank, mais aussi la persistance d’une asymétrie : les institutions financières africaines restent largement dépendantes des intermédiaires occidentaux et asiatiques pour accéder aux marchés de capitaux. Une dépendance qui interroge sur la capacité future du continent à construire un écosystème financier plus autonome, capable de financer ses propres transformations sans passer systématiquement par les places financières de Londres, New York ou Tokyo.



