Le Bénin a annoncé la fermeture de son ambassade à Niamey à compter du 5 janvier 2026. Cette décision radicale, présentée comme étant due à des “circonstances indépendantes de sa volonté”, marque un point de non-retour dans la crise diplomatique ouverte entre les deux pays voisins.
Cette fermeture fait suite à l’expulsion du chargé d’affaires béninois, Seidou Imourana, déclaré persona non grata par les autorités nigériennes et sommé de quitter le territoire sous 48 heures. Le gouvernement nigérien a justifié cette mesure par le “principe de réciprocité”, sans plus de précisions. En effet, Cotonou avait préalablement expulsé deux diplomates nigériens, un agent des renseignements et une commissaire de police, les accusant d'”activités subversives”, selon plusieurs sources concordantes.
Ce conflit s’inscrit dans une période de profonde dégradation des relations bilatérales depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 au Niger. La junte au pouvoir à Niamey accuse régulièrement le Bénin, historiquement proche de la France, d’abriter ou de tolérer sur son territoire des activités hostiles, voire de servir de base arrière à des actions déstabilisatrices. Cotonou a toujours démenti ces allégations. La tentative de coup d’État de décembre 2025 au Niger, attribuée au lieutenant-colonel Pascal Tigri, n’a fait qu’attiser ces soupçons réciproques et cette défiance.
La perspective d’un apaisement à court terme semble compromise. La fermeture d’une ambassade est un acte diplomatique grave qui réduit considérablement les canaux de dialogue direct et officialise un état de tension élevée. Cette situation risque de paralyser la coopération transfrontalière, notamment dans la lutte contre le terrorisme dans la région du Liptako-Gourma et de perturber les échanges économiques, pourtant vitaux pour les deux pays.
Cette escalade place les organisations sous-régionales, en particulier la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), face à un nouveau défi. L’institution, déjà fragilisée par la gestion des transitions au Niger, au Mali et au Burkina Faso, peine à imposer une médiation efficace. La crise Niger-Bénin révèle ainsi les fractures profondes qui traversent la région, au-delà du simple clivage entre régimes militaires et civils.
Analystes et observateurs soulignent que cette fermeture d’ambassade est un signal politique fort du Bénin. En refusant de simplement nommer un nouveau chargé d’affaires après l’expulsion du sien, Cotonou exprime son refus de continuer “comme si de rien n’était” face à ce qu’il perçoit comme des provocations répétées. Ce geste est aussi une réponse à la pression intérieure de l’opinion publique béninoise, de plus en plus irritée par les accusations nigériennes.
L’épisode des expulsions croisées rappelle le rôle central, et souvent trouble, des services de renseignement dans ces tensions. Les accusations d'”activités subversives” de part et d’autre illustrent une guerre de l’ombre où la frontière entre renseignement légitime et ingérence est délibérément floue. Cette dimension sécuritaire, ajoutée aux griefs politiques, rend tout processus de réconciliation particulièrement complexe et aléatoire pour les mois à venir.



