La raffinerie de Dangote a bouclé une introduction en Bourse de 1,6 milliard de dollars, largement sursouscrite. Le groupe explore désormais les moyens d’élargir l’accès aux actions au-delà du marché nigérian.
L’introduction en Bourse de Dangote Refinery a attiré environ 4,77 milliards de dollars d’ordres pour un objectif de 1,6 milliard de dollars. L’offre publique portait sur 4,1 milliards d’actions ordinaires à 525 nairas chacune, soit une valeur de base d’environ 2 150 milliards de nairas (1,6 milliard de dollars). Les ordres reçus, estimés à environ 6 400 milliards de nairas, représentent près de trois fois le montant recherché. Ce chiffre traduit une demande d’investisseurs, non un montant levé: les souscriptions dépassant le nombre d’actions disponibles, les allocations seront réduites et les fonds excédentaires restitués. Le montant final dépendra des actions attribuées et de l’exercice éventuel de l’option de surallocation, qui permet d’émettre jusqu’à 30% de titres supplémentaires.
Selon Reuters, le groupe Dangote discute depuis avril avec plusieurs Bourses africaines pour élargir l’accès aux actions. Les échanges ont été initiés à l’invitation de Dangote, indique Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la BRVM, la Bourse régionale qui dessert huit pays d’Afrique de l’Ouest: Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. L’option privilégiée est le recours aux Global Depositary Receipts, des instruments représentant des actions et négociables sur un marché extérieur au lieu de cotation principal. Un investisseur sénégalais ou kényan pourrait ainsi acheter un titre local adossé à l’action Dangote Refinery, sans nouvelle émission primaire. La Bourse nigériane travaille déjà avec ses homologues égyptienne, kényane, botswanaise et éthiopienne sur des mécanismes similaires.
L’infrastructure de négociation existe déjà via l’African Exchanges Linkage Project, qui relie les marchés participants. Le verrou est ailleurs: chaque marché applique ses propres règles de cotation et de valeurs mobilières, et une entreprise levant des fonds dans plusieurs pays doit obtenir l’aval du régulateur de chacun. « Il n’a pas été facile d’obtenir un consensus sur la manière dont l’IPO pouvait se dérouler dans tous ces marchés différents », a déclaré Amenounve à Reuters en marge de l’Africa Financial Summit à Luanda. Il plaide pour la reconnaissance mutuelle des approbations nationales: « Si vous voulez faciliter ce processus, il est peut-être temps de penser à l’harmonisation et à la reconnaissance mutuelle. » Le prospectus n’a d’ailleurs pas été enregistré comme offre publique hors du marché nigérian, ce qui a contraint les investisseurs étrangers à passer par leurs propres régulateurs ou par des plateformes agréées.
L’IPO a officiellement clôturé le 27 octobre. La base d’allocation doit être soumise aux régulateurs le 10 novembre, pour une validation visée le 17 novembre. La cotation sur la Nigerian Exchange est attendue fin novembre, sous réserve d’ajustements réglementaires et opérationnels. Les fonds doivent financer l’expansion de la raffinerie, dont la capacité de traitement d’environ 700 000 barils par jour pourrait doubler pour atteindre 1,4 million de barils par jour. L’installation, construite pour environ 20 milliards de dollars, approvisionne déjà l’Afrique et les marchés internationaux en essence, diesel et carburant aviation.
Dangote Refinery revendique des candidatures provenant de 120 pays et la participation d’investisseurs des 54 pays africains. Aucune répartition géographique indépendamment vérifiée n’a toutefois été publiée, ce qui limite la portée de cette affirmation. Le groupe a reconnu en octobre un « problème de jeunesse » réglementaire et dit vouloir que « les marchés de capitaux africains collaborent entre eux ». Un dispositif transfrontalier fonctionnel ferait plus qu’élargir l’actionnariat de la raffinerie: il offrirait un modèle aux grandes entreprises africaines cherchant à lever des capitaux sur l’ensemble du continent. À l’inverse, un échec confirmerait que l’intégration financière africaine reste, pour l’essentiel, une intention.



