Une violente crise diplomatique secoue l’Afrique de l’Ouest. Le Bénin et la Côte d’Ivoire ont vivement rejeté, vendredi, les accusations du président nigérien, le général Abdourahmane Tiani, qui les a désignés comme « sponsors » de l’attaque armée ayant visé la base aérienne et l’aéroport international de Niamey dans la nuit du 28 au 29 janvier. Abidjan a convoqué l’ambassadeur du Niger pour protester officiellement.
Lors d’une visite sur les lieux de l’assaut, le chef de la junte nigérienne a tenu des propos particulièrement offensants, citant nommément les présidents béninois Patrice Talon et ivoirien Alassane Ouattara, ainsi que le président français Emmanuel Macron. Il a affirmé que vingt assaillants avaient été neutralisés et onze autres arrêtés, saluant au passage l’appui de « partenaires russes ». L’attaque a endommagé trois avions civils, dont un Airbus appartenant à Air Côte d’Ivoire.
Ces invectives s’inscrivent dans un contexte régional extrêmement tendu depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger. L’arrivée au pouvoir du général Tiani a provoqué une profonde fracture au sein de la CEDEAO, entre les pays favorables à une ligne dure contre les putschistes et ceux prônant la négociation. La situation sécuritaire dans la région du Sahel, marquée par la persistance de groupes jihadistes, ajoute une couche de complexité à ces relations déjà dégradées.
Les implications de cette escalade verbale sont potentiellement graves. La Côte d’Ivoire s’est réservé le droit de « tirer toutes les conséquences nécessaires », laissant entrevoir des mesures de rétorsion diplomatiques. Cette crise risque de paralyser un peu plus les mécanismes de dialogue régionaux déjà atones, compliquant la gestion des dossiers sécuritaires transfrontaliers. Elle pourrait également influencer les alignements géopolitiques dans une région où l’influence de la Russie, citée par Niamey, concurrence désormais celle des anciens partenaires occidentaux.
Les réponses des deux pays mis en cause diffèrent dans la forme mais convergent dans la fermeté. Le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Houngbédji, a qualifié les accusations d’« infondées », les attribuant à de la « jalousie » envers les succès économiques et médiatiques du Bénin. Il a suggéré que certains pays de la sous-région pourraient « allumer un contre-feu » pour détourner l’attention de leurs propres responsabilités, en allusion probable aux défis sécuritaires internes du Niger.
La réponse ivoirienne, plus protocolaire, n’en est pas moins sévère. Le ministère des Affaires étrangères a exprimé sa « vive indignation » devant des propos jugés contraires aux usages diplomatiques et portant atteinte à l’honneur de son président et de son peuple. Cette convocation de l’ambassadeur est une mesure diplomatique forte qui illustre la gravité de l’incident. Parallèlement, la revendication de l’attaque par le groupe État islamique via son agence Amaq, vendredi, introduit un élément factuel nouveau qui contraste avec les accusations de soutien à des « mercenaires » proférées par Niamey.
Cette crise met en lumière la profonde méfiance qui règne entre le Niger sous régime militaire et certains de ses voisins, considérés comme proches des positions de la CEDEAO et de la France. Elle révèle aussi l’instrumentalisation possible des événements sécuritaires dans des rapports de force politiques plus larges. Alors que la région a besoin de cohésion face à des menas jihadistes communes, cet échange d’accusations publiques et acerbes constitue un recul inquiétant pour la coopération ouest-africaine.



