La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a officiellement lancé, mercredi 9 septembre à Cotonou, son offre dédiée aux petites et moyennes entreprises au Bénin. Au-delà de l’apport de financements, l’institution veut s’attaquer à un obstacle moins visible mais tout aussi déterminant : le déficit de structuration qui empêche de nombreuses PME béninoises de devenir bancables.
L’offre de la BERD repose sur trois piliers complémentaires : le financement, le renforcement des capacités et le développement de l’écosystème entrepreneurial. Le volet conseil prévoit de mobiliser des consultants locaux et internationaux ainsi que des ressources de donateurs pour prendre en charge une partie du coût de missions d’assistance auprès des PME. Stratégie, organisation interne, gouvernance, gestion financière ou encore digitalisation : l’accompagnement pourra couvrir différents besoins selon le diagnostic réalisé avec chaque entreprise. La BERD retient la définition européenne des PME, à savoir les entreprises de moins de 250 salariés réalisant moins de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires ou disposant de moins de 43 millions d’euros d’actifs, avec des exceptions pour certaines entreprises de taille supérieure classées dans la catégorie dite « SME+ ».
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où l’accès au financement reste un obstacle majeur pour le tissu économique béninois. Selon l’Enterprise Survey 2024 de la Banque mondiale, 41,9 % des entreprises béninoises considèrent l’accès au financement comme leur principal obstacle. La difficulté est particulièrement marquée chez les petites entreprises : 48,4 % le placent en tête de leurs contraintes et seulement 28 % disposent d’un prêt bancaire, contre 54 % des entreprises de taille moyenne. Le Bénin est devenu pays d’opération de la BERD en juillet 2025 et compte déjà trois projets signés, dont deux opérations publiques avec le fournisseur national d’électricité (SBEE) et la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS).
Les perspectives de ce programme restent à préciser. La BERD n’a pas fixé d’enveloppe globale pour son offre PME. Plutôt qu’un montant prédéterminé à répartir entre les entreprises, l’institution entend calibrer ses interventions au cas par cas, selon les besoins, la maturité des projets et ses critères d’intervention. Le succès dépendra de la capacité à structurer une demande de conseil encore limitée et à faire émerger un marché local de l’accompagnement capable de perdurer au-delà des financements initiaux.
Le diagnostic trouve un écho auprès des investisseurs locaux. Philibert Adankon, directeur des investissements de la Caisse des dépôts et consignations du Bénin, a décrit un marché du conseil encore peu développé. La CDC reçoit, selon lui, des promoteurs disposant d’une idée ou d’un projet industriel intéressant, mais sans études suffisamment abouties pour permettre à un investisseur de s’engager. Après le financement, apparaissent d’autres besoins liés à la formalisation des procédures internes, à la définition d’une stratégie commerciale ou à la préparation de l’accès au marché. « Le conseil ajoute un niveau de sophistication aux entreprises qu’il accompagne », a souligné Nicolas Hernandez-Miyares, directeur associé par intérim chargé du financement et du développement des PME en Afrique subsaharienne à la BERD. Pour un prêteur ou un investisseur, la qualité du modèle économique, de la stratégie, de la gouvernance ou des états financiers entre directement dans l’analyse d’une entreprise.
Les travaux de la Banque mondiale menés auprès de petites entreprises dans sept économies en développement, dont le Ghana et le Nigeria, montrent que de meilleures pratiques en matière de comptabilité, de planification financière, de marketing ou de gestion des stocks sont associées à de meilleurs résultats en matière de productivité, de ventes, de bénéfices et de survie des entreprises. Injecter davantage de capitaux dans une entreprise qui n’est pas encore structurée ne règle pas nécessairement ses difficultés. Une croissance trop rapide peut au contraire mettre davantage en évidence des faiblesses que l’entreprise pouvait absorber à une plus petite échelle. « L’accès au financement est un obstacle dont tout le monde parle. Mais l’accès à la bonne expertise, aux bons outils et aux bons systèmes est tout aussi important », a expliqué Dasha Dougans, directrice pays de la BERD au Bénin. Ces outils doivent, selon elle, améliorer la productivité et la gouvernance des entreprises et, à terme, les rendre plus aptes à obtenir des financements.
Le gouvernement béninois soutient cette approche. « Les micro, petites et moyennes entreprises constituent un maillon essentiel de notre économie. C’est pourquoi le gouvernement accorde une importance particulière au renforcement de la compétitivité et de la résilience de ces entreprises. Le programme lancé aujourd’hui s’inscrit clairement dans cette perspective en combinant financement, accompagnement, conseil et développement de l’écosystème entrepreneurial », a déclaré Awaou Baco, ministre béninoise des Petites et Moyennes entreprises et de la Promotion de l’emploi, estimant que « la BERD apporte une réponse pertinente aux besoins de nos entreprises ». Le lancement de l’offre PME doit désormais ouvrir un nouveau front auprès du secteur privé, alors que l’institution entend travailler avec les banques locales à travers des lignes de crédit et des mécanismes de partage de risque, et développer des instruments de financement des chaînes d’approvisionnement comme l’affacturage et l’affacturage inversé.



