Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été désigné, dimanche 19 juillet 2026, président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cédéao. Cette passation de pouvoir, intervenue à Lungi, en Sierra Leone, à l’issue de la 69e session ordinaire de l’institution, marque un tournant stratégique pour une organisation régionale en quête de stabilité, alors que les menaces sécuritaires et les fragilités économiques n’ont jamais été aussi pressantes en Afrique de l’Ouest. Le chef de l’État sierra-léonais, Julius Maada Bio, qui achevait son mandat annuel, a officiellement cédé sa place à son homologue sénégalais.
La présidence tournante de la Cédéao échoit au Sénégal dans un contexte où l’organisation fait face à des défis multidimensionnels. Bassirou Diomaye Faye, qui incarne une alternance politique récente et une jeunesse au pouvoir, a d’ores et déjà esquissé les grandes lignes de sa feuille de route : opérationnaliser la Force régionale de lutte contre le terrorisme, mutualiser les moyens des États membres, et accroître l’autonomie financière de la Communauté. Autant d’engagements qui répondent à l’appel pressant lancé par le président sortant de la Commission, Omar Alieu Touray, pour qui les attentes des populations en matière de paix et de prospérité sont à un niveau historique.
Ce changement de leadership intervient alors que la Cédéao célèbre plus de cinquante ans d’existence et traverse l’une de ses périodes les plus troublées. La région est secouée par une succession de coups d’État, une expansion du terrorisme vers les États côtiers, et une fragmentation politique inédite, symbolisée par le départ de trois pays membres fondateurs de l’Alliance des États du Sahel (AES). L’institution, qui peine à imposer son ordre constitutionnel et à financer ses opérations, se trouve à un carrefour critique. La nomination de Bassirou Diomaye Faye, perçu comme un réformateur, intervient donc dans une dynamique de recentrage et de refondation, alors que la crédibilité de l’organisation est régulièrement mise à l’épreuve sur le terrain.
L’horizon proche s’annonce chargé pour le nouveau président. Il devra concilier l’urgence sécuritaire avec les ambitions d’intégration économique, notamment l’objectif ambitieux de porter le commerce intra-régional à 40 % d’ici 2035, tout en pilotant la mise en place d’un marché numérique unique à l’horizon 2030. Un autre dossier brûlant attend le chef de l’État sénégalais : la redéfinition des relations avec les pays de l’AES, une épine dans le pied de l’institution depuis la rupture de 2023. Par ailleurs, sa prise de fonction coïncide avec le renouvellement des instances dirigeantes : le général Birame Diop, désigné par Dakar, est appelé à prendre la tête de la Commission pour la période 2026-2030, assurant ainsi une mainmise sénégalaise sur les deux leviers clés de la gouvernance communautaire.
L’accession de Bassirou Diomaye Faye à cette fonction est perçue par la présidence sénégalaise comme la reconnaissance d’une “parole écoutée” et d’une vision portée avec constance. Pourtant, sur le terrain, les attentes sont immenses et les marges de manœuvre étroites. Le président devra composer avec des alliés historiques aux intérêts divergents et des partenaires internationaux dont le soutien reste conditionné à des réformes de gouvernance. Par ailleurs, le défi de l’autonomie financière reste épineux : les contributions des États sont souvent versées avec retard, et la Communauté dépend encore largement des appuis extérieurs pour ses opérations de paix. L’échec à relever ce pari compromettrait toute velléité d’indépendance stratégique.
Au-delà des discours, c’est la capacité opérationnelle de la Cédéao qui sera jugée dans les prochains mois. La nomination de Diomaye Faye, jeune dirigeant issu d’une alternance démocratique, envoie un signal politique fort en faveur du retour à l’ordre constitutionnel. Mais pour que ce signal devienne une réalité, il faudra que le Sénégal use de son capital politique pour convaincre les régimes militaires du Sahel de renouer le dialogue, tout en consolidant le front des États côtiers face à l’insécurité. Le “Pacte pour l’avenir” prôné par la Commission est un cadre, pas une garantie. Son succès dépendra de la volonté collective des chefs d’État à transformer ces engagements en actions concrètes, sous la houlette d’un président qui devra faire preuve d’une diplomatie habile et d’une autorité incontestable pour maintenir l’unité de l’organisation.



