L’actionnaire majoritaire de Canyon Resources, la société A2MP Investments, a publié une analyse concluant à la non-viabilité du modèle économique aux conditions actuelles du marché, tout en proposant un rachat des parts qu’il ne détient pas encore. Cette offensive survient alors que les premières cargaisons, initialement promises pour la mi-2026, ont été repoussées au troisième trimestre, ajoutant une couche d’incertitude à un projet déjà marqué par plusieurs reports.
Elle estime que la prime de 11 dollars par tonne retenue pour la bauxite de Minim Martap est surévaluée et devrait être ramenée à environ 5 dollars, compte tenu de l’évolution récente des prix. Les coûts logistiques, les prélèvements fiscaux et d’autres charges d’exploitation sont également pointés du doigt comme des facteurs susceptibles de grever durablement la rentabilité d’un projet dont la première phase prévoit 1,2 million de tonnes annuelles, avant une montée en régime à 10 millions de tonnes à partir de la sixième année.
Les prix ont reculé ces derniers mois en raison d’une offre jugée excédentaire, tandis que la Guinée, premier producteur mondial, a annoncé son intention de limiter ses exportations pour soutenir les cours. Parallèlement, la hausse des coûts du fret, avec une augmentation d’environ 8 dollars la tonne sur les liaisons entre l’Afrique de l’Ouest et la Chine, alourdit encore les perspectives. Pour le Cameroun, où le secteur minier ne contribue qu’à 1 % du PIB, la concrétisation de ce projet est présentée comme un levier de croissance stratégique, ce qui rend ces développements particulièrement sensibles.
La suite du dossier dépend désormais de la réaction des actionnaires minoritaires de Canyon Resources, à qui A2MP propose 0,05 dollar australien par titre, soit une décote par rapport au cours de clôture de 0,060 dollar. Cette offre, qui exige un seuil minimal d’acceptation de 75 %, vise à permettre aux petits porteurs de sortir des risques liés au financement et au marché, tandis qu’A2MP assumerait directement les charges financières supplémentaires. Si sa participation atteignait 90 %, le groupe pourrait procéder à un rachat forcé et demander la radiation de Canyon Resources de la Bourse australienne, ce qui modifierait radicalement la gouvernance du projet.
Ce développement survient quelques mois après l’échec d’un placement de 100 millions de dollars australiens porté par A2MP, rejeté lors d’une assemblée générale des actionnaires. À l’époque, Canyon Resources avait assuré que ce revers ne compromettait pas la première phase du projet, s’appuyant notamment sur une facilité de crédit de 140 millions d’euros accordée par AFG Bank Cameroon. La nouvelle offensive d’A2MP, qui possède déjà 55,56 % du capital, semble donc traduire une perte de confiance dans la capacité de la structure actuelle à mener le projet à son terme dans des conditions économiques dégradées.
Pour l’heure, aucune étude indépendante n’est venue corroborer les conclusions d’A2MP, et l’absence de détails méthodologiques sur son analyse laisse planer un doute. Les prochaines semaines seront déterminantes pour mesurer l’accueil réservé à l’offre de rachat et pour savoir si le calendrier révisé du troisième trimestre pourra être tenu. L’État camerounais, qui détient 10 % du capital du projet à titre gratuit, suit ces évolutions de près, car l’avenir de Minim Martap conditionne en partie la crédibilité des ambitions minières du pays. Entre manœuvres actionnariales et aléas du marché, le premier gisement de bauxite camerounais risque de rester encore longtemps dans l’attente de son premier chargement.



