Thomas Boni Yayi, l’ancien président du Bénin et figure de proue de l’opposition, a annoncé son retrait immédiat de la direction de son parti, Les Démocrates. Dans un courrier adressé ce mercredi aux instances de la formation, l’homme de 73 ans justifie sa décision par des « raisons de santé » et exprime sa volonté de se consacrer « au repos ». Ce départ marque la fin d’une ère pour le principal parti d’opposition béninois, qu’il avait pris en main en octobre 2023 à Parakou.
Cette décision, bien que présentée comme personnelle, intervient à un moment critique pour Les Démocrates. Depuis qu’il a repris les rênes du parti, l’ancien chef d’État n’a pas réussi à inverser la dynamique défavorable à son camp. Le parti a subi un cuisant échec aux législatives du 11 janvier en n’obtenant aucun siège, et se trouve exclu de la prochaine présidentielle du 12 avril 2026. La candidature de son représentant, Me Renaud Agbodjo, a été rejetée par la Cour constitutionnelle pour non-conformité, un coup dur qui avait déjà suscité des remous en interne.
Le retrait de Boni Yayi s’inscrit dans un contexte de bras de fer permanent avec le pouvoir en place depuis près d’une décennie. L’ancien président (2006-2016) et son successeur, Patrice Talon, sont devenus les principaux adversaires d’une scène politique béninoise polarisée. Cette lutte, faite de tensions et de contentieux électoraux, a rarement tourné à l’avantage de l’opposant, qui a vu son camp s’affaiblir au fil des scrutins et des recompositions politiques imposées par le pouvoir de Talon.
Pour l’avenir immédiat des Démocrates, la question de la succession se pose avec acuité. En attendant la tenue d’un prochain congrès, la direction est confiée aux instances dirigeantes, avec une préséance qui désignerait logiquement le premier vice-président, Éric Houndété. Une réunion de coordination est d’ores et déjà prévue vendredi pour définir la ligne directrice du parti pour les sept prochaines années, soit la durée du mandat du futur président. Dans son « testament politique », Boni Yayi a laissé pour seule consigne une gestion consensuelle de la formation.
Au-delà des questions organisationnelles, ce départ cristallise les tensions accumulées et les échecs récents. Pour la première fois, la gestion de Boni Yayi à la tête du parti était ouvertement critiquée en interne, certains militants lui imputant l’absence de candidat à la présidentielle et les revers électoraux. La défection simultanée de son fils, Chabi Yayi, qui a également démissionné du parti, renforce le sentiment d’une page qui se tourne, laissant l’opposition béninoise face à un vide politique majeur et à la nécessité d’une reconstruction complexe.



