Le Botswana, deuxième producteur mondial de diamants, fait face à une menace économique majeure liée aux récentes mesures commerciales américaines. L’administration Trump a imposé en août 2025 des droits de douane de 50% sur les importations de diamants en provenance de l’Inde, plaque tournante mondiale du polissage où transite l’immense majorité de la production botswanaise. Cette décision, combinée à une conjoncture sectorielle déjà dégradée, pourrait entraîner une seconde année consécutive de récession pour le pays.
La vulnérabilité du Botswana réside dans son extrême dépendance à la chaîne de valeur indienne. Environ 90% des diamants bruts extraits dans le monde sont polis en Inde avant d’être exportés, principalement vers les États-Unis qui absorbent 55% de la demande mondiale. Si les tarifs douaniers américains sur les diamants bruts botswanais eux-mêmes ne s’élèvent qu’à 15%, l’essentiel du risque provient de l’étau sur l’Inde, qui achète et transforme les pierres du Botswana. Le ministère des Finances botswanais craint que ces mesures n’aggravent la crise du secteur, caractérisée par une chute des prix et des ventes.
Cette crise commerciale survient dans un contexte structurel déjà alarmant pour l’industrie diamantifère. Le Botswana subit de plein fouet la concurrence des diamants de synthèse, qui représentent désormais 20 à 30% du marché, ainsi que le vieillissement de ses mines principales exploitées par De Beers. En 2024, la production a chuté de 28% en glissement annuel, et une baisse de 3,2% a été enregistrée sur les neuf premiers mois de 2025. Les stocks se sont accumulés pour atteindre 12 millions de carats fin décembre, soit près du double du plafond habituel, alors que les ventes au premier semestre 2025 reculaient de 13,2%.
Les perspectives à court et moyen terme restent sombres. Le gouvernement anticipe une contraction de l’économie de 3% pour l’année 2025. Les revenus miniers pour l’exercice 2025/26 sont estimés à 10,3 milliards de pulas, en chute libre par rapport à la moyenne annuelle historique de 25,3 milliards. Même une hypothétique remontée des prix vers leurs niveaux historiques d’ici 2028 ne devrait générer qu’une hausse modérée des revenus, en raison d’une production structurellement contrainte. La marge de manœuvre budgétaire se réduit, limitant les capacités de soutien aux autres secteurs.
Face à cette double pression géopolitique et sectorielle, Gaborone tente d’activer des leviers de diversification. Les autorités misent sur l’exploitation d’autres ressources, comme le cuivre, et accélèrent les réformes pour mobiliser les recettes intérieures. Un plan de développement quinquennal de 388 milliards de pulas a été présenté en octobre 2024. Une mesure plus audacieuse, l'”Impact Citizenship Program”, vise à octroyer la citoyenneté contre investissement à 5 000 familles sur cinq ans, pouvant générer au moins 375 millions de dollars.
L’issue des négociations commerciales entre Washington et New Delhi sera déterminante, mais incertaine. En attendant, la stratégie de De Beers, qui conserve des stocks massifs pour soutenir les prix, pourrait être prolongée, retardant d’autant la reprise de la production au Botswana. Le pays se trouve ainsi à un carrefour critique, obligé de repenser en profondeur un modèle économique qui a fait sa richesse, mais qui révèle aujourd’hui ses limites face aux bouleversements géopolitiques et aux transitions du marché mondial.



