Le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso, et Romuald Wadagni, son homologue béninois, ont acté mardi à Ouagadougou une relance décisive de leur coopération bilatérale. Au cœur des échanges, la sécurisation des corridors de transport et la lutte contre le terrorisme, deux défis qui lient directement le sort du port de Cotonou à celui des régions burkinabè en crise.
La rencontre, tenue au palais de Koulouba, a permis d’examiner sans détour l’état des relations bilatérales. Les deux dirigeants ont affiché une volonté commune de consolider un partenariat fondé sur la confiance et des solutions concertées. Le communiqué conjoint, lu par le chef de la diplomatie burkinabè Karamoko Jean Marie Traoré, parle d’« une étape décisive ». Sur le terrain économique, le port de Cotonou a été désigné comme infrastructure clé pour l’approvisionnement du Burkina Faso, avec un impératif : fluidifier les transports et lever les blocages chroniques.
Cette relance ne tombe pas du ciel. Depuis la prise de pouvoir par Traoré en 2022, les relations entre Ouagadougou et Cotonou avaient connu des tensions, notamment autour des sanctions économiques de la Cédéao et du rapprochement burkinabè avec la Russie. Mais la réalité géographique est têtue. Le Burkina, pays enclavé, dépend à près de 60 % du corridor béninois pour ses approvisionnements. À l’inverse, Cotonou voit son activité portuaire menacée par l’insécurité qui gagne les zones frontalières. L’intérêt commun a donc fini par l’emporter.
Les deux parties ont convenu d’accélérer la tenue de la cinquième session de la Grande Commission mixte de coopération et de finaliser plusieurs accords en souffrance. Une invitation officielle a été lancée par Wadagni à Traoré pour une visite au Bénin, signe que le dialogue politique reprend de l’épaisseur. À court terme, l’enjeu est opérationnel : coordonner les patrouilles transfrontalières, harmoniser les procédures douanières et sécuriser la route de Cotonou jusqu’à Ouagadougou. Faute de quoi, le discours risquerait de rester lettre morte.
Au delà des déclarations officielles, un aspect mérite l’attention : la question des communautés. Les deux présidents ont salué l’intégration harmonieuse de leurs peuples et la solidité des liens historiques. Cet ancrage social n’est pas anodin. Dans une région où les rivalités politiques attisent parfois les tensions intercommunautaires, valoriser ce capital commun est un signal fort. Mais il faudra le traduire en actes : sécurité des marchés frontaliers, liberté de circulation des biens et des personnes, lutte contre les vexations administratives. La route du dialogue est ouverte. Reste à savoir si elle mènera loin des protocoles.



