Le Burkina Faso et le Burundi ont acté, jeudi à Bujumbura, un tournant majeur dans leurs relations bilatérales en signant quatorze accords de coopération. Ce vaste ensemble de textes, qui couvre des secteurs aussi stratégiques que la sécurité, l’agriculture, la santé ou encore l’éducation, scelle la volonté des deux États de donner une substance concrète à leur rapprochement. La première session de la Commission mixte de coopération, qui s’est achevée sur cette signature, marque ainsi la fin d’une simple déclaration d’intention pour ouvrir la voie à un partenariat multidimensionnel.
Parmi les quatorze accords paraphés par les ministres des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré pour le Burkina et Edouard Bizimana pour le Burundi, figurent des avancées notables comme la reconnaissance réciproque des permis de conduire ou la suppression des visas pour les titulaires de passeports diplomatiques, de service et ordinaires. Les textes couvrent également des domaines opérationnels essentiels, incluant l’élevage, la protection civile, les services aériens, l’emploi, la protection sociale, la jeunesse, les sports, la prévention des risques, la gestion des catastrophes, ainsi que l’enseignement technique, professionnel et supérieur. Cette diversité témoigne d’une approche globale qui ne se limite pas à des accords de façade, mais cherche à irriguer tous les niveaux de la vie des deux nations.
Cette dynamique s’inscrit dans une volonté politique clairement affichée par les présidents Ibrahim Traoré et Évariste Ndayishimiye de renforcer la coopération Sud-Sud, loin des cadres traditionnels de partenariat avec les puissances occidentales. Pour le Burkina Faso, pays sahélien en proie à une crise sécuritaire et à une instabilité chronique, et pour le Burundi, sorti d’une décennie de turbulences politiques, cet alignement stratégique représente une opportunité de mutualiser leurs faiblesses et de bâtir des solutions endogènes. La tenue même de cette première commission mixte, après des années de relations diplomatiques somme toute modestes, révèle une nouvelle perception des intérêts communs, portée par des régimes en quête de reconnaissance et d’efficacité sur le continent.
Les perspectives ouvertes par ces accords sont conditionnées à un impératif : leur mise en œuvre rapide et effective. Le ministre burundais Edouard Bizimana a d’ailleurs appelé à accélérer ce processus, en promouvant les investissements croisés et en dynamisant les partenariats entre les secteurs privés. Pour éviter l’écueil des accords mort-nés, les deux délégations ont décidé de créer des comités sectoriels chargés du suivi des engagements. Le véritable test sera donc la capacité à transformer ces textes en projets concrets, notamment dans le domaine agricole pour renforcer la sécurité alimentaire, ou dans le domaine sécuritaire pour former des forces communes face aux menaces terroristes qui pèsent sur la région.
Au-delà des aspects techniques, c’est la portée politique de cette signature qui interpelle. Karamoko Jean Marie Traoré a tenu à rappeler qu’une commission mixte ne saurait être une simple formalité diplomatique, mais un véritable outil de gouvernance de la coopération. Ce faisant, il met le doigt sur la nécessité de sortir de la routine administrative pour instaurer un dialogue politique permanent entre les deux capitales. Le rapprochement entre Ouagadougou et Bujumbura, s’il est suivi d’effets, pourrait également servir de modèle à d’autres pays africains cherchant à diversifier leurs alliances, en particulier dans une région où la défiance envers les partenaires historiques grandit et où les crises alimentaires appellent à une solidarité pratique et immédiate.



