Le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso, a inauguré samedi le barrage de Pô-Kapro, dans la province du Nahouri. Avec une capacité de stockage de 1,038 million de mètres cubes, l’infrastructure est officiellement mise en eau pour soutenir l’agriculture, l’élevage et la pêche dans cette région frontalière du Ghana. L’exécutif mise sur cet ouvrage pour accélérer sa politique de souveraineté alimentaire, dans un contexte marqué par l’insécurité et les aléas climatiques.
Le chantier, lancé en décembre 2025, a été bouclé en huit mois, une performance saluée par le ministre d’État chargé de l’Agriculture, Ismaël Sombié. Selon lui, cette célérité tient à la remise à niveau de l’Office national des barrages et des aménagements hydroagricoles (ONBAH), doté en mars dernier de 13 milliards de francs CFA d’équipements. L’ouvrage doit non seulement irriguer des périmètres maraîchers et fournir de l’eau au bétail, mais aussi recharger les nappes phréatiques et créer des emplois locaux, selon la présidence.
Ce barrage répond à une demande populaire ancienne, formulée dès les années 1960 sans jamais aboutir. Il s’inscrit dans la stratégie de l’État burkinabè pour sécuriser les ressources hydriques face à la raréfaction des pluies et aux vagues de chaleur récurrentes. La relance de l’ONBAH, couplée à un investissement lourd, traduit une volonté politique de rompre avec la dépendance alimentaire et de renforcer l’autonomie des régions du Sud, où l’orpaillage illégal et les conflits agro-pastoraux compliquent déjà l’accès à l’eau.
Les autorités tablent sur un effet multiplicateur : extension des surfaces cultivables, amélioration de la résilience des communautés et réduction de l’exode rural. Le gouvernement espère que ce modèle sera reproduit ailleurs, à condition que la maintenance et la gouvernance locale de l’eau soient assurées. À court terme, la mise en service de Pô-Kapro devrait alléger les tensions autour des points d’eau en saison sèche, mais son impact réel dépendra de l’entretien des canaux et de la formation des exploitants.
La rapidité du chantier interpelle toutefois les spécialistes, qui rappellent que les barrages de ce type nécessitent un suivi rigoureux pour éviter l’envasement et les pertes par infiltration. Si l’enthousiasme officiel est palpable, des voix locales s’interrogent sur la transparence des coûts et sur l’évaluation environnementale menée en amont. Le ministère assure que des études ont été conduites, mais ne précise pas leur contenu. La réussite de l’ouvrage reposera aussi sur la capacité des services déconcentrés à encadrer les usagers et à arbitrer entre les usages agricoles, pastoraux et domestiques.
Sur le terrain, les populations du Nahouri voient dans ce barrage une réponse à une carence historique, mais elles redoutent que les retombées bénéficient d’abord aux grands exploitants. Le défi est donc politique autant que technique : il s’agit de faire de cette infrastructure un outil de développement équitable, et non un symbole de plus dans une communication présidentielle. Les prochains mois diront si le barrage de Pô-Kapro tient ses promesses, ou s’il rejoint la longue liste des projets hydrauliques sous-exploités faute de moyens humains et financiers.



