Le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a opposé une fin de non-recevoir aux financements internationaux assortis de conditions politiques, mardi à Ouagadougou. À l’issue d’un entretien avec le sous-secrétaire général de l’ONU et administrateur associé du PNUD, Haoliang Xu, il a réaffirmé que le développement du Burkina ne saurait se construire sous la tutelle d’exigences extérieures. « Nous refusons les financements qui nous conditionnent au diktat », a-t-il martelé, en présence de la Direction de la communication de la Primature.
Ce rejet assumé s’inscrit dans la stratégie du Plan RELANCE, le nouveau référentiel de développement du pays. Ce programme ambitionne de mobiliser environ 65 % de ses besoins financiers par les seules ressources nationales, réduisant à 35 % la part attendue des partenariats internationaux. Loin d’une posture de repli, cette répartition traduit une volonté de maîtrise des priorités, dans un contexte où l’aide étrangère est souvent perçue comme un vecteur d’influence. M. Ouédraogo a résumé cette logique en une formule sans appel : « On ne peut pas revendiquer la souveraineté en tendant la main. »
Cette prise de position survient dans un environnement régional marqué par la défiance croissante des États du Sahel envers les institutions financières occidentales et multilatérales. Depuis 2020, le Burkina, comme ses voisins maliens et nigériens, a connu des ruptures politiques et un recentrage stratégique vers des partenariats alternatifs. La contraction des aides budgétaires et la suspension de certains programmes de coopération ont accéléré une réflexion interne sur l’autonomie. Dans ce cadre, le Plan RELANCE ne constitue pas un simple outil technique, mais un acte politique affirmant que le développement ne peut être délégué à des bailleurs dont les calendriers et les normes ne coïncident pas toujours avec les urgences locales.
Les perspectives ouvertes par cette orientation sont multiples, mais incertaines. D’un côté, le Burkina espère renforcer sa résilience en misant sur des secteurs clés comme l’agriculture, l’énergie ou les infrastructures, avec un contrôle accru des fonds. De l’autre, la réduction volontaire des apports extérieurs expose le pays à des tensions budgétaires à court terme, alors que la crise sécuritaire et humanitaire exige des ressources conséquentes. Le pari est risqué : il suppose une hausse significative des recettes fiscales et une gestion rigoureuse des dépenses, dans un État déjà fragilisé. Les prochains mois diront si cette trajectoire est soutenable ou si elle devra composer avec des réalités financières plus contraignantes.
Du côté du PNUD, la rencontre a permis d’esquisser une coopération redéfinie. Haoliang Xu a salué la clarté du Plan RELANCE, tout en insistant sur un accompagnement recentré sur l’expertise technique et le renforcement des capacités étatiques. Il a évoqué des mécanismes d’achats groupés pour réduire les coûts, signalant ainsi une adaptation de l’ONU aux exigences de souveraineté exprimées par Ouagadougou. Ce virage pragmatique pourrait servir de modèle pour d’autres pays de la région, si les résultats s’avèrent concluants.
Cette visite s’inscrit dans une tournée régionale de M. Xu dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Burkina, le Mali et le Niger. Ce déplacement traduit une prise de conscience des Nations unies : la coopération ne peut plus ignorer les choix souverains de ces États, même lorsqu’ils s’écartent des canons habituels. Il reste à voir si cette souplesse nouvelle sera suffisante pour maintenir un dialogue de fond, alors que les désaccords sur la gouvernance, les droits humains ou la lutte antiterroriste persistent entre Bamako, Niamey, Ouagadougou et leurs partenaires traditionnels.
En définitive, le Burkina engage un test grandeur nature pour la région. Sa volonté de financer son développement sans « tendre la main » interroge autant qu’elle bouscule les habitudes. Les bailleurs, les voisins et les observateurs guetteront les premiers signes d’essoufflement ou, au contraire, d’émancipation réussie. Dans un Sahel en quête de nouveaux repères, la réponse de Ouagadougou pourrait bien devenir une référence, ou un avertissement.



