Le sénateur Aboubakary Abdoulaye a été élu, ce lundi 17 mars, président du Sénat camerounais. Il devient ainsi le deuxième responsable de la chambre haute depuis la création de l’institution en 2013, succédant à Marcel Niat Njifenji. Sa désignation, actée par le comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a été suivie d’une investiture formelle par les sénateurs du parti, largement majoritaires.
Jusqu’à présent premier vice-président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye était déjà, de fait, aux commandes de nombreux dossiers. L’âge avancé et les indisponibilités répétées de Marcel Niat Njifenji l’avaient en effet contraint à assurer une large part du fonctionnement quotidien de l’institution. Les communications officielles du Sénat le montraient régulièrement conduisant des délégations ou accueillant des personnalités étrangères, confirmant un transfert progressif des responsabilités bien avant le changement officiel de titulaire.
L’homme qui accède au perchoir est loin d’être un inconnu dans l’appareil d’État. Âgé de 61 ans, Aboubakary Abdoulaye est une figure duale du paysage politique camerounais : il est à la fois un haut fonctionnaire, ancien élève de l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam) et ancien secrétaire d’État à l’Agriculture, et une autorité traditionnelle de premier plan en tant que lamido de Rey Bouba, dans la région du Nord. Ce cumul des rôles – administrateur civil, chef traditionnel de 1er degré et membre influent du comité central du RDPC – illustre la porosité entre les pouvoirs coutumier et politique au Cameroun.
Au-delà de la gestion de la chambre haute, cette élection revêt une dimension constitutionnelle majeure. En devenant président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye devient automatiquement le successeur constitutionnel du président de la République en cas de vacance du pouvoir. La loi fondamentale prévoit en effet que c’est le président du Sénat qui assure l’intérim, avec pour seule mission d’organiser une nouvelle élection présidentielle, sans pouvoir s’y présenter lui-même. Cette position stratégique place désormais le lamido de Rey Bouba au cœur des dispositifs de continuité de l’État.
Le parcours du nouveau président du Sénat reflète une logique de fidélité et de progression au sein du système. Après des débuts à la présidence de la République comme chef de service du fichier et des archives, puis à la direction du Cabinet civil, il a ensuite rejoint les services du Premier ministre. Ce cheminement, combinant administration présidentielle et services du Premier ministre, lui a permis de tisser des liens solides au sein du couple exécutif. Son ancrage profond dans le Grand Nord, région stratégique pour les équilibres politiques nationaux, ajoute une dimension géopolitique à une nomination qui semblait écrite depuis plusieurs mois.



