La Zone industrielle intégrée du Port de Kribi (KPIZ) est officiellement entrée en phase de lancement ce mercredi à Yaoundé. Porté par une coalition d’investisseurs privés et soutenu par la Banque africaine de développement (Bad) comme chef de file financier, ce projet colossal ambitionne de faire du Cameroun un acteur majeur de la transformation industrielle en Afrique centrale. Adossée à l’un des hubs portuaires les plus modernes du golfe de Guinée, cette zone se veut le fer de lance de la stratégie nationale de développement à l’horizon 2040.
Ce projet, dont le coût total dépasse les 795 millions d’euros (environ 521 milliards de F CFA), repose sur un montage financier inédit mêlant capitaux publics et privés. La Bad mobilisera 411 millions d’euros de financements publics, tandis que 384 millions d’euros proviendront d’investisseurs privés, parmi lesquels Africa Global Logistics (AGL), Arise Integrated Industrial Platforms et Belmont Investments LTD. L’institution panafricaine ne se contente pas d’apporter des fonds : elle entend catalyser les investissements, garantir l’application de standards élevés en matière environnementale et accompagner le Cameroun dans le renforcement de sa compétitivité sur les marchés internationaux.
Cette initiative s’inscrit dans la droite ligne du Plan directeur d’industrialisation du Cameroun, un programme visant à diversifier une économie encore trop dépendante des exportations de matières premières brutes. Le pays cherche depuis plusieurs années à rompre avec ce modèle en développant des chaînes de valeur locales. En intégrant une zone industrielle directement connectée à un port en eau profonde, le gouvernement entend fluidifier le transport des marchandises et réduire les coûts logistiques, un handicap majeur pour les économies de la région.
Les projections dévoilées lors de la cérémonie donnent la mesure des ambitions. D’ici 2040, la KPIZ pourrait faire bondir les exportations de cacao transformé de 11 487 tonnes (prévisions 2025) à près de 200 000 tonnes. Sur le plan social, le projet promet la création de 50 000 emplois directs et 150 000 emplois indirects. À cela s’ajoute un effet multiplicateur attendu sur l’investissement de départ, qui pourrait être décuplé, générant une hausse substantielle des recettes fiscales pour l’État.
Au-delà des chiffres, la gouvernance du projet illustre une nouvelle approche du développement industriel en Afrique. Comme l’a résumé Léandre Bassolé, directeur général au bureau régional de la Bad, l’État garantit la vision stratégique et la stabilité, le privé apporte le capital et l’expertise, et la banque assure la cohérence d’ensemble. Ce triptyque vise à éviter les écueils des zones industrielles fantômes, nombreuses sur le continent, en misant sur l’opérationnalité rapide et l’intégration aux chaînes de valeur mondiales.
Enfin, ce projet dépasse le simple cadre national en se positionnant comme un pôle de compétitivité régional. Il s’agit de faire du Port de Kribi un point d’ancrage pour l’intégration économique de l’Afrique centrale, une région où les échanges intracommunautaires peinent encore à décoller. Si les délais sont tenus et les financements intégralement décaissés, la KPIZ pourrait offrir au Cameroun et à ses voisins sans littoral une plateforme industrielle et logistique de rang international, susceptible de redessiner la carte économique de la sous-région.



