Maître Joseph Fru Awah, l’avocat de douze ressortissants africains expulsés par les États-Unis vers le Cameroun, affirme être délibérément empêché de rencontrer ses clients depuis près de deux semaines. Ces hommes, originaires de diverses nationalités et arrivés dans le pays dans le cadre de la politique migratoire de l’administration Trump, sont détenus dans une concession surveillée en banlieue de Yaoundé. Leur conseil dénonce une situation de blocage administratif qui compromet leur droit fondamental à une défense, dans un contexte où leur vie pourrait être en danger s’ils étaient renvoyés dans leurs pays d’origine.
Depuis son interpellation le 17 février, qui s’est soldée par une garde à vue de plusieurs heures, l’avocat n’a pas été autorisé à revoir ses clients. Il dénonce une obstruction caractérisée : « On m’a demandé de passer par l’OIM avant de pouvoir les consulter. C’est inédit. » Selon lui, l’état psychologique des exilés, déjà traumatisés par leur expulsion et leur transfert forcé, se dégrade de jour en jour. « Non seulement ils sont traumatisés, mais ils sont aujourd’hui frustrés, emprisonnés sans savoir comment leur situation va évoluer », insiste-t-il.
Ces douze personnes font partie d’un groupe de quinze expulsés arrivés en deux vagues, mi-janvier puis mi-février. Le premier convoi comptait des Angolais, des Congolais et des Ghanéens ; le second a amené des Sénégalais, des Sierra-Léonais et des Éthiopiens. Tous ont été débarqués au Cameroun, un pays dont ils ne sont pas ressortissants, en vertu d’accords conclus avec Washington pour servir de pays tiers d’accueil. L’argument américain est que leurs États d’origine refusent de les recevoir ou présentent des risques sécuritaires.
Cette situation s’inscrit dans le cadre de la vaste campagne d’expulsions lancée par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche début 2025. Face aux réticences de plusieurs États à réadmettre leurs ressortissants, Washington négocie des accords controversés avec des pays africains, proposant des compensations financières en échange de l’accueil de ces expulsés. Le Cameroun rejoint ainsi une liste incluant le Ghana, le Rwanda ou encore le Soudan du Sud, devenant une plaque tournante involontaire pour ces exilés.
L’avocat, qui affirme collaborer avec les agences onusiennes (OIM et HCR), entend désormais entamer des procédures de demande d’asile pour ses clients. Il rappelle que le droit international fait obligation au Cameroun d’assurer leur protection. « Les États-Unis ont refusé de les renvoyer chez eux directement parce qu’ils risquent d’y être tués. Le Cameroun a maintenant l’obligation de les protéger », martèle-t-il. Jointes par nos soins, les autorités camerounaises n’avaient pas donné suite à nos sollicitations au moment de la publication.



