L’économie camerounaise affiche une « remarquable résilience » malgré une année 2025 secouée par l’élection présidentielle, la volatilité des matières premières et des tensions géopolitiques. C’est le constat des dernières consultations du Fonds monétaire international, qui souligne toutefois que 2026 s’annonce plus périlleux, en raison des fragilités internes à la zone Cemac et des incertitudes liées à la fermeture du détroit d’Ormouz.
Le FMI pointe notamment les « perturbations liées aux élections » d’octobre 2025, qui ont affecté commerces, services et investissements sur deux mois. Le Groupement des entreprises du Cameroun a chiffré ces pertes à plus de 200 milliards de francs CFA, soit environ 304 millions d’euros, sans compter un manque à gagner fiscal de 43 milliards de francs CFA. À cela s’ajoute un « dérapage des dépenses courantes » de 11 %, alimenté par l’organisation du scrutin et les frais sécuritaires engagés par la Société nationale des hydrocarbures pour le compte de l’État.
Cette alerte intervient dans une région où les réserves en devises de la Cemac sont sous pression et où la baisse des exportations pétrolières fragilise les recettes publiques. Le Cameroun, comme ses voisins, subit aussi la forte volatilité des prix du cacao. Ces facteurs s’inscrivent dans une histoire récente de programmes FMI souvent suspendus pour non-respect des critères de convergence, ce qui rend le nouveau programme en discussion d’autant plus crucial.
Le FMI se dit « prudemment favorable » à une reprise de la croissance, mais conditionne celle ci à une consolidation budgétaire stricte. L’institution appelle à mobiliser davantage de recettes, à mieux maîtriser les dépenses et à finaliser les réformes sur les subventions aux carburants. Sans cela, la viabilité de la dette, déjà fragilisée par la hausse des taux d’intérêt et le resserrement des conditions financières lié au conflit au Moyen Orient, serait menacée.
Un point est rarement souligné : la SNH, en intervenant directement sur les dépenses sécuritaires, sort de son périmètre d’opérateur pétrolier pour se muer en caisse de l’État parallèle. Ce flou dans la répartition des comptes complique l’évaluation réelle du déficit. Des experts camerounais, sous couvert d’anonymat, estiment que ce mécanisme masque une partie des ajustements nécessaires. Le FMI, dans son langage policé, parle de « dérapage ». En clair, l’État continue de dépenser sans toujours regarder la caisse.



