Ce jeudi 19 février, le tribunal de Rabat juge dix-huit supporters sénégalais et un ressortissant français, arrêtés le 18 janvier dernier au lendemain de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations ayant opposé le Maroc au Sénégal. Placés en détention provisoire depuis un mois, ils répondent de poursuites pour “hooliganisme”, une qualification pénale qui recouvre des accusations de violences contre les forces de l’ordre, de dégradations d’équipements sportifs et de jets de projectiles.
Les faits remontent à la dernière minute de la finale, lorsqu’un penalty accordé au Maroc a déclenché la colère d’une partie des supporters sénégalais présents dans le stade. Selon le récit des autorités marocaines, des tentatives d’envahissement du terrain ont eu lieu, provoquant l’intervention des forces de sécurité. Parmi les personnes interpellées figure Lyèce M., un Français de 27 ans, frère d’un membre du staff technique de l’équipe sénégalaise, qui se trouvait également dans la tribune réservée aux supporters. Tous maintiennent leur version des faits et contestent fermement les accusations portées contre eux.
Cette affaire intervient dans un climat sportif particulièrement chargé entre deux nations rivales sur le terrain, mais elle soulève également des questions diplomatiques sensibles. Depuis leur arrestation, les supporters dénoncent un profond malentendu linguistique et procédural. Ils affirment n’avoir pas pu s’exprimer en wolof, leur langue maternelle, lors de leurs auditions, ce qui aurait compromis leur capacité à se défendre correctement. Leur avocat, Me Patrick Kabou, a rapporté sur RFI que ses clients “ne comprennent pas ce qu’on leur reproche”, et qu’ils ont entamé un jeûne intermittent pour protester contre ce qu’ils estiment être une injustice procédurale, refusant de s’alimenter en dehors du petit-déjeuner.
L’issue de ce procès sera scrutée avec attention des deux côtés de la Méditerranée. Au Sénégal, l’opinion publique s’est fortement mobilisée pour réclamer la libération des supporters, et le verdict pourrait raviver les tensions sportives entre les deux nations. La défense, qui plaidera la relaxe, devra convaincre le tribunal que les interpellations reposent sur un malentendu plus que sur des actes délibérés de violence. Le dossier ayant déjà été reporté à plusieurs reprises, notamment en raison d’une grève des avocats marocains, le calendrier judiciaire demeure fragile.
Au-delà du sort individuel des prévenus, cette affaire met en lumière un problème récurrent dans les compétitions internationales en Afrique : la gestion des supporters et la coopération judiciaire entre États. Elle soulève également la question des droits de la défense pour des ressortissants étrangers, notamment l’accès à des interprètes dans leur langue maternelle lors des procédures pénales. Les avocats des supporters espèrent que le tribunal saura distinguer entre l’émotion légitime d’un public sportif déçu et des actes relevant véritablement du hooliganisme. Le verdict, attendu dans les prochains jours, constituera un test pour la maturité des relations judiciaires et diplomatiques entre deux poids lourds du football africain.



