La Confédération africaine de football (CAF) est secouée par un séisme sans précédent. Saisie par le Maroc, sa Commission d’Appel a décidé, mardi 17 mars, de retirer à l’équipe du Sénégal le titre de champion d’Afrique obtenu à l’issue d’une finale chaotique, pour l’attribuer sur tapis vert à la nation hôte. Une décision rarissime qui plonge le football continental dans une crise de légitimité profonde et force son président, Patrice Motsepe, à sortir de sa réserve.
Dans une déclaration vidéo publiée sur le site de l’instance, le dirigeant sud-africain ne conteste pas le fond de la décision, mais concentre son discours sur les “incidents” qui ont entaché la rencontre. Il admet que ces événements “compromettent le travail considérable accompli par la CAF pour garantir l’intégrité”. Pour Motsepe, le problème dépasse le cadre de ce seul match : il met en lumière un “héritage du passé” marqué par la “méfiance” et les “soupçons” qui persistent autour de l’arbitrage et de l’organisation sur le continent.
Cette affaire plonge ses racines dans une histoire longue de la gouvernance du football africain. Patrice Motsepe le concède : à son arrivée à la présidence, l’impartialité des arbitres et des commissaires était une “préoccupation majeure”. Si des progrès ont été faits, l’épisode de cette finale prouve que le mal est tenace. En réaction, le président de la CAF met en avant la refonte des instances judiciaires, désormais composées de “juges reconnus et d’avocats respectés” issus de chaque zone géographique, pour tenter de laver l’institution du soupçon de partialité.
La décision de la Commission d’Appel, qui infirme le jugement de première instance, est présentée par Motsepe comme la preuve même de cette nouvelle indépendance. Mais le feuilleton est loin d’être terminé. Le dirigeant confirme que le Sénégal, qui clame son innocence et dénonce une injustice, entend épuiser toutes les voies de recours, y compris devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). “Chacune des 54 nations africaines a le droit d’exercer les recours nécessaires”, insiste-t-il, jurant que la CAF respectera la décision de la “plus haute juridiction”.
Au-delà du cas sportif, c’est la promesse d’une équité de traitement entre nations qui est en jeu. Dans un message visiblement adressé aux détracteurs et aux sceptiques, Patrice Motsepe martèle qu’”aucun pays africain ne sera traité d’une manière plus privilégiée qu’un autre”. Une déclaration qui sonne comme une profession de foi dans un contexte où les accusations de favoritisme envers le pays organisateur sont inévitables, et où la crédibilité de la gouvernance de la CAF est plus que jamais sur la sellette.



