C’est un séisme sans précédent dans l’histoire du football africain. Près de deux mois après la finale de la CAN 2025, la Confédération africaine de football (CAF) a annoncé, mardi 17 mars en fin de soirée, la destitution du Sénégal, vainqueur sur le terrain, au profit du Maroc, pays hôte et finaliste malheureux. La décision du jury d’appel, justifiée par les débordements des joueurs sénégalais durant la rencontre, a provoqué une onde de choc et une vague d’indignation sur le continent.
Si la CAF motive sa décision par l’attitude des Lions, qui avaient quitté la pelouse pendant plusieurs minutes après une décision arbitrale controversée dans le temps additionnel, la sanction est perçue comme d’une rigueur extrême. Le Sénégal, qui s’était imposé 1-0 après prolongation, se voit non seulement retirer son trophée, mais doit également céder son titre au Maroc, consacré champion d’Afrique sur tapis vert. Cette issue inédite place la fédération sénégalaise face à un combat juridique qu’elle n’avait pas anticipé.
Cette décision intervient dans un climat de défiance croissante envers les instances dirigeantes du football mondial et africain. L’ancien sélectionneur Claude Le Roy, figure respectée du football continental, n’a pas mâché ses mots sur les ondes de RFI. Il dénonce des « décisions grand-guignolesques » prises par des « incompétents », et fustige le rôle de Gianni Infantino, le président de la Fifa. Selon lui, ce dernier instrumentalise le football africain à des fins personnelles, usant de l’influence financière de son institution pour asseoir son pouvoir électoral, un comportement qu’il n’oserait jamais adopter en Europe ou en Amérique du Sud.
L’avenir immédiat de ce titre est désormais suspendu à un recours devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), pour lequel la Fédération sénégalaise dispose de dix jours. Claude Le Roy se dit convaincu que l’instance « reviendra sur cette décision » et rétablira le Sénégal dans ses droits, arguant que la sortie des joueurs, d’une durée de douze minutes, n’a pas atteint le seuil réglementaire fatidique de quinze minutes qui aurait pu justifier une sanction aussi radicale. Si le TAS devait confirmer la décision de la CAF, ce serait un précédent juridique majeur qui pourrait redéfinir les conditions de maintien de l’ordre sur les terrains africains.
Au-delà de l’aspect juridique, c’est la crédibilité des compétitions africaines qui est en jeu. Claude Le Roy souligne le paradoxe d’une CAN organisée avec brio par le Maroc, démontrant des standards de haut niveau, immédiatement entachés par une décision qu’il juge irrationnelle. L’image laissée par cette gestion post-finale, ajoute-t-il, fait offense à la qualité du jeu et au travail des équipes. Il pointe également du doigt l’abandon de l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala, livré à lui-même et à sa détresse après le match, sans le soutien des responsables de la CAF, une image qui résume, pour lui, la déroute de l’organisation.
En attendant une éventuelle décision du TAS, le football sénégalais vit cette destitution comme un affront. Le défenseur lyonnais Moussa Niakhaté a donné le ton sur les réseaux sociaux, en publiant une photo de la médaille et du trophée accompagnée d’un défi cinglant : « Venez les chercher ! Ils sont fous, eux ! ». Cette détermination des joueurs à ne pas rendre leur couronne, couplée à la conviction de nombreux observateurs qu’une telle décision ne peut prospérer, laisse présager un bras de fer judiciaire qui tiendra le continent en haleine.



