Tresor Horimbere, 24 ans, accusé du meurtre au premier degré de Mohamed Yusuf Abdullahi, a été arrêté le 30 juillet à Langley, en Colombie-Britannique, par l’unité antigangs de la province. Ce fugitif, qui figurait depuis octobre 2025 sur la liste des 25 criminels les plus recherchés du Canada, a été remis aux autorités manitobaines le 4 août et ramené à Winnipeg, où il fait désormais face à la justice.
L’arrestation de Horimbere n’a rien d’un coup de chance. Elle est le fruit d’une coopération étroite entre la Combined Forces Special Enforcement Unit de la Colombie-Britannique et la police de Winnipeg, avec l’appui du Groupe d’intervention d’urgence de la Gendarmerie royale du Canada, en raison du caractère hautement risqué de l’opération. Une prime de 100 000 dollars canadiens, offerte dans le cadre du programme BOLO (Be On the Lookout), avait été mise sur sa tête. Ce programme, porté par une fondation privée, utilise des campagnes d’affichage et les réseaux sociaux pour mobiliser le public, et a déjà permis la capture de plusieurs tueurs présumés en cavale.
Le drame remonte au 13 juillet 2024, vers 23 h 45, dans le parking du complexe sportif Ralph Cantafio de Winnipeg. Ce soir-là, Mohamed Yusuf Abdullahi, 22 ans, venait de disputer un match du tournoi Canada African Cup of Nations, rassemblant une centaine de spectateurs, lorsqu’il a été abattu. Transporté à l’hôpital dans un état critique, il n’a pas survécu. La police avait d’emblée qualifié ce meurtre de « ciblé », et évoqué des liens possibles avec le crime organisé ou les stupéfiants. Abdullahi, né en Somalie en 2002, avait fui la guerre civile avec sa famille pour un camp de réfugiés en Éthiopie, avant de s’établir au Canada en 2014. Diplômé de la Gordon Bell High School, il était un entraîneur bénévole apprécié et avait organisé un programme de football pour des enfants somaliens peu avant sa mort.
Avec l’arrestation de Horimbere, la police boucle un volet majeur de cette affaire, mais le dossier judiciaire ne fait que commencer. La procédure pour meurtre au premier degré, qui implique une préméditation, promet un procès complexe et potentiellement long. L’enquête devra déterminer le rôle exact de chaque accusé, alors que les charges contre l’un des coaccusés, Ibrahim Bangura, ont déjà été suspendues en mai 2025. Par ailleurs, cette interpellation réussie, à l’autre bout du pays, souligne l’efficacité des mécanismes interprovinciaux, mais elle pose aussi la question des failles qui ont permis à un suspect aussi dangereux de rester en liberté pendant plus d’un an, malgré une prime et une large couverture médiatique.
L’affaire a profondément marqué la communauté somalienne de Winnipeg, déjà éprouvée par d’autres drames liés à la violence armée. Le profil d’Abdullahi, jeune immigré prometteur et acteur de son quartier, contraste brutalement avec les circonstances de sa mort. Ses proches ont salué sa générosité, tandis que les enquêteurs rappellent que le tournoi de football, pourtant festif, peut servir de couverture à des règlements de comptes. De son côté, la sergente Sarbjit Sangha de la CFSEU insiste sur un point : « Aucun service de police ne peut lutter seul contre la criminalité violente. Cette arrestation est le fruit de partenariats solides et d’un renseignement opérationnel. » Une leçon de méthode, mais aussi un avertissement sur la persistance de réseaux criminels mobiles, capables de traverser les provinces sans être inquiétés.



