La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) subit un choc commercial majeur. Selon les dernières projections de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), l’excédent commercial de la région devrait s’effondrer à 3 506,8 milliards de FCFA (environ 5,8 milliards de dollars) en 2025. Ce solde positif représente une chute vertigineuse de plus de 50 % par rapport à l’année précédente, où il culminait encore à 7 114,9 milliards de FCFA (près de 12 milliards de dollars).
La BEAC explique cette dégradation soudaine par un mécanisme de tenailles économiques qu’elle qualifie de « double déséquilibre structurel ». D’un côté, les exportations de biens de la zone s’effondrent de 17,4 %, plombées par la volatilité des cours des matières premières et des problèmes de production. De l’autre, les importations poursuivent leur progression, avec une hausse estimée à 2,6 %. Cette divergence creuse le déficit courant et met sous tension les comptes extérieurs des six États membres, dont la vulnérabilité aux chocs exogènes se trouve une nouvelle fois exposée.
Le détail des performances nationales révèle l’ampleur des disparités et des fragilités. La Guinée équatoriale, dont l’économie est quasi exclusivement adossée aux hydrocarbures, est la plus durement touchée avec une contraction de ses ventes extérieures de 31,8 %. Elle est suivie par le Congo (-11,7 %) et le Tchad (-10,4 %). Même le Gabon, traditionnellement excédentaire, voit son surplus fondre considérablement, passant de 3 552,2 milliards à 2 575,1 milliards de FCFA. Mais le véritable point noir reste le Cameroun. Première économie de la zone, il devrait enregistrer un déficit commercial abyssal de 738,3 milliards de FCFA, symptôme d’une industrie locale incapable de résister à la concurrence des produits importés et d’un appareil productif en perte de vitesse.
Au milieu de ce tableau grisâtre, la République centrafricaine fait figure d’exception statistique avec une prévision de hausse spectaculaire de ses exportations de 206,6 %. La BEAC tempère toutefois cette embellie, précisant que ce rebond, qui fait suite à une année 2024 très difficile, ne pèse pas assez lourd pour inverser la tendance régionale. Ce contraste illustre la difficulté de la CEMAC à générer une dynamique collective de croissance.
Cette dégradation des soldes commerciaux n’est pas un simple indicateur technique. Dans une zone où les recettes d’exportation restent structurellement dépendantes des hydrocarbures, une telle hémorragie de devises fragilise directement le mécanisme de stabilisation du franc CFA. Elle rogne les réserves de change communautaires et réduit la capacité des États à honorer leurs importations essentielles, notamment alimentaires et énergétiques. Face à cette alerte, l’institut d’émission recommande une réorientation stratégique urgente, appelant à une diversification accélérée des économies, au renforcement des filières exportatrices non pétrolières et à une intégration industrielle régionale plus poussée pour sortir du piège de la dépendance aux matières premières.



