Le 20 août à Bangui, 280 Casques bleus égyptiens du 10e bataillon d’infanterie mécanisée de la MINUSCA ont reçu la médaille des Nations Unies. Cette distinction récompense leur action en faveur de la paix et de la protection des civils dans un pays toujours fragilisé par des violences récurrentes. Parmi eux figurent 30 femmes, signe d’une participation féminine encore marginale mais en progression dans les contingents africains.
Déployé depuis octobre 2025, ce bataillon a effectué plus de 4 320 patrouilles dans la capitale et ses alentours. Ses missions ont couvert la sécurisation des zones sensibles, l’escorte logistique pour l’élimination de munitions périmées sur le site de PK39, et un soutien actif aux opérations électorales, y compris l’acheminement sécurisé du matériel de vote. Le chef par intérim de la MINUSCA, Ebrima Ceesay, a souligné leur « solidarité et humanité » dans un environnement sécuritaire toujours imprévisible.
Présente en RCA depuis 2016, l’Égypte est l’un des contributeurs historiques de la MINUSCA, avec actuellement 600 militaires, dont 30 femmes. Ce contingent s’inscrit dans une mission onusienne dont le mandat est régulièrement renouvelé face à l’instabilité chronique du pays, marqué par des conflits intercommunautaires et une présence armée diffuse. La décoration intervient à un moment où la population civile reste la première victime des affrontements, et où la crédibilité des forces de paix dépend de leur capacité à protéger les civils et à faciliter l’accès humanitaire.
Alors que le processus électoral reste fragile et que le calendrier politique local est incertain, le rôle des Casques bleus égyptiens pourrait s’intensifier, notamment dans la sécurisation des prochains scrutins. Par ailleurs, l’implication dans des actions civilo-militaires, comme les distributions d’eau et de médicaments ou les campagnes de lutte contre les violences sexuelles, pourrait s’élargir face aux besoins croissants des déplacés. Cependant, la pérennité de ces efforts dépendra aussi du soutien politique et logistique de la communauté internationale, souvent en retrait.
Au-delà des chiffres, cette cérémonie met en lumière une dynamique régionale peu médiatisée : celle des armées africaines qui, dans le cadre onusien, assument une part croissante des opérations de paix sur le continent. Le capitaine Omar El God, conseiller militaire du bataillon, a déclaré : « Nous aimons le peuple centrafricain et sommes heureux de le soutenir dans un esprit de fraternité. » Un message qui contraste avec les critiques habituelles adressées aux missions onusiennes, souvent accusées de manquer d’agilité ou de proximité avec les populations.
Reste que cette décoration ne doit pas occulter les défis persistants. La MINUSCA demeure confrontée à des attaques ciblées, à une méfiance locale et à des limites opérationnelles claires. La présence égyptienne, bien qu’utile, ne saurait compenser l’absence d’une solution politique inclusive entre les groupes armés et le gouvernement centrafricain. Les Casques bleus sont un rempart, pas une solution. Leur mérite est réel, mais il ne doit pas dispenser d’un examen lucide sur les racines du conflit et la responsabilité première des acteurs nationaux.



