Depuis le mercredi 2 avril, les avocats de Centrafrique ont entamé une grève de huit jours pour protester contre les violations répétées de leurs droits par certains Officiers de Police Judiciaire (OPJ) et des autorités politiques. Cette action, initiée par le Conseil de l’Ordre des avocats, a déjà un impact majeur sur le système judiciaire du pays, perturbant le bon déroulement des audiences et du traitement des dossiers. Le boycott des tribunaux par les avocats est une mesure extrême mais nécessaire face à ce qu’ils qualifient de non-respect des règles déontologiques et des atteintes à la profession.
L’un des exemples les plus frappants de ces violations est l’incident où l’avocate Maître Arlette Sombo Dibélé a été empêchée par des policiers de rencontrer ses clients placés en garde à vue à l’Office central de répression de banditisme (OCRB). Elle dénonce une entrave à son rôle de défenseur des droits de l’homme, rappelant que la procédure judiciaire ne peut être suivie correctement si les avocats ne sont pas impliqués à chaque étape. “Nous nous battons pour pouvoir défendre nos clients devant la barre. Mais nous n’y avons même pas accès !” s’est-elle indignée. Pour elle, cet empêchement constitue une violation grave des droits humains fondamentaux.
La situation des avocats en Centrafrique s’inscrit dans un contexte plus large de fragilité du système judiciaire du pays. Depuis plusieurs années, la Centrafrique traverse une période de turbulence politique et sociale, exacerbée par des conflits internes et une gouvernance parfois défaillante. Cette instabilité a affecté la justice, déjà affaiblie par un manque de ressources et une corruption persistante. Les avocats, garants des droits de la défense, se trouvent souvent confrontés à des obstacles administratifs et policiers, ce qui entrave leur capacité à offrir une défense adéquate à leurs clients.
La grève des avocats a des conséquences directes sur le fonctionnement des institutions judiciaires. Certains dossiers sont désormais suspendus, comme celui de Salomon, un homme emprisonné pour des accusations de détournement de fonds, dont le dossier est mis en pause en raison de l’absence de représentation légale. Cette grève pourrait durer plus longtemps si les autorités ne répondent pas aux demandes des avocats concernant le respect des droits de la défense. Une rencontre entre le Conseil de l’Ordre des avocats et le ministre d’État à la Justice est prévue pour résoudre ce conflit, mais l’issue reste incertaine.
Jean Louis Opalagna, le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Centrafrique, a réaffirmé lors d’une assemblée extraordinaire que les avocats continueront leur grève jusqu’à ce que des mesures concrètes soient prises. “Les avocats doivent pouvoir participer pleinement au processus judiciaire pour garantir que la justice soit rendue correctement”, a-t-il déclaré. Les actions de grève, qui incluent des sit-in quotidiens devant les institutions judiciaires, visent à attirer l’attention des plus hautes autorités du pays. Pour les avocats, la protection de leurs droits est indissociable du respect des droits de leurs clients et du bon fonctionnement de la justice.
Si la grève des avocats continue, elle pourrait entraîner un soutien plus large de la part de la population, notamment des justiciables qui, comme Salomon, souffrent directement de la suspension des procédures judiciaires. De plus, les témoins de ces événements, y compris les familles des détenus, dénoncent la lenteur et l’inefficacité du système judiciaire. Cette crise met en lumière des faiblesses systémiques qui pourraient bien nécessiter une réforme en profondeur pour restaurer la confiance dans la justice centrafricaine.