L’ancienne élite politique africaine se retrouve une nouvelle fois au cœur des efforts diplomatiques pour mettre fin au conflit qui ravage l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Uhuru Kenyatta, Olusegun Obasanjo et Hailemariam Desalegn ont été nommés facilitateurs pour la paix, dans le cadre d’une initiative conjointe entre la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC). Leur mission : restaurer la stabilité dans l’est du pays, en particulier face à la menace continue du groupe rebelle M23.
Le choix de ces trois anciens dirigeants africains fait suite à un sommet des chefs d’État de l’EAC et de la SADC, tenu à Dar es Salaam en février 2025. Ce trio remplace le président angolais João Lourenço, qui avait assuré la médiation jusqu’ici. Chacun des médiateurs apporte une expertise et une légitimité reconnues. Kenyatta, ancien président kényan, connaît bien les enjeux du conflit grâce à son implication dans le processus de Nairobi. Obasanjo, quant à lui, est un vétéran des négociations africaines, fort de son expérience dans la résolution de crises similaires. Enfin, Desalegn, ancien Premier ministre éthiopien, se distingue par son approche analytique et technique, essentielle pour structurer les négociations.
Le conflit dans l’est de la RDC a des racines profondes et multiples. Il implique des tensions entre le gouvernement congolais et plusieurs groupes armés, dont le M23, une faction rebelle active depuis plusieurs années. Les dynamiques régionales sont également cruciales, notamment avec l’implication du Rwanda et de l’Ouganda, qui sont accusés de soutenir certaines factions. Depuis la rébellion du CNDP en 2004 et la formation du M23 par ses anciens membres, la région n’a cessé de subir des violences. Malgré plusieurs tentatives de médiation, la situation reste figée et les négociations sont souvent entravées par des divergences politiques et diplomatiques.
Le principal objectif de cette nouvelle médiation est d’obtenir un cessez-le-feu effectif, afin de poser les bases d’un dialogue inclusif. La prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux blocs, prévue pour le 28 février, devrait être déterminante. Cependant, la question de l’implication du M23 reste un point de friction majeur, le Rwanda exigeant une négociation directe avec le groupe, une proposition rejetée par Kinshasa. Les facilitateurs devront naviguer entre ces intérêts divergents pour parvenir à un compromis durable.
Un des principaux défis des médiateurs sera de ne pas repartir de zéro. Le processus de Luanda, qui avait abouti à un plan de désescalade, doit être pris en compte afin d’éviter de prolonger l’impasse. Revenir à une médiation inédite risquerait de prolonger la guerre et d’envenimer la situation humanitaire, déjà désastreuse. Tandis que les rebelles conservent le contrôle de plusieurs villes stratégiques, l’urgence de trouver une solution est plus pressante que jamais.
L’initiative conjointe de l’EAC et de la SADC représente un test important pour l’unité africaine dans la gestion de crises internes. Le succès de cette médiation dépendra non seulement de la capacité des trois facilitateurs à gérer les tensions entre les différentes parties, mais aussi de leur capacité à convaincre les acteurs régionaux et internationaux de soutenir un processus de paix viable. La réunion du 28 février pourrait marquer un tournant, soit pour relancer le dialogue, soit pour confirmer l’échec des tentatives précédentes.