C’est un coup dur pour l’industrie mozambicaine. Le groupe minier australien South32 a annoncé la suspension des opérations de sa fonderie d’aluminium Mozal, le deuxième plus grand complexe du genre sur le continent, situé à proximité de Maputo. La décision, effective immédiatement, fait suite à l’échec de six années de négociations avec les autorités mozambicaines et l’entreprise publique sud-africaine Eskom pour renégocier un tarif d’électricité plus compétitif.
L’arrêt des activités n’est pas anodin. L’usine, qui employait directement 2 500 personnes et générait à elle seule la totalité des exportations d’aluminium du pays, soit 1,1 milliard de dollars, est placée en état de conservation et d’entretien. South32 a déjà provisionné 60 millions de dollars pour les indemnités de départ de son personnel et enregistré une dépréciation de 372 millions de dollars liée à cette fermeture imminente. Le directeur général du groupe, Graham Kerr, n’a pas caché sa déception, soulignant que cette issue n’était pas celle souhaitée.
Ce conflit plonge ses racines dans la complexité énergétique régionale. Mozal est alimentée en électricité par le barrage de Cahora Bassa, une infrastructure hydroélectrique majeure située au Mozambique, mais dont l’énergie est commercialisée et acheminée par le sud-africain Eskom. Depuis l’expiration des accords préférentiels initiaux, les industries électro-intensives de la région subissent de plein fouet la hausse des tarifs et l’instabilité du réseau. En Afrique du Sud voisine, sur 66 fonderies, seules 11 sont encore opérationnelles pour les mêmes raisons, illustrant une crise structurelle bien plus large que le seul cas mozambicain.
L’avenir du site de Mozal semble désormais scellé. L’entreprise avait déjà alerté dès août dernier sur l’inviabilité du modèle économique si le nouveau tarif proposé, qui devait entrer en vigueur début 2026, était appliqué. South32 va désormais se concentrer sur la vente à des tiers, à des prix indexés sur le marché mondial, de l’alumine provenant de sa raffinerie australienne de Worsley. Le Mozambique perd ainsi un maillon essentiel de sa chaîne de valeur industrielle, réduisant son rôle à celui de simple passage de la matière première.
Au-delà des pertes économiques immédiates, la fermeture de Mozal est une catastrophe sociale pour un pays déjà confronté à un chômage endémique, notamment chez les jeunes. La libération potentielle de 950 mégawatts d’électricité, si elle est confirmée, pose également la question de la réaffectation de cette ressource. Sera-t-elle capable de compenser la perte sèche de 1,1 milliard de dollars de recettes d’exportation et le déclassement d’un fleuron industriel qui faisait la fierté du pays ? L’équation économique et sociale qui se profile est redoutable pour les autorités de Maputo.



