La Cour constitutionnelle du Congo-Brazzaville a définitivement clos le contentieux électoral issu du scrutin présidentiel du 15 mars. Saisie par le candidat Dave Mafoula, qui réclamait l’annulation du vote, la plus haute juridiction du pays a rejeté la requête lors d’une audience tenue le samedi 28 mars. Par cette décision irrévocable, elle valide la réélection de Denis Sassou Nguesso, désormais officiellement crédité de 94,90 % des suffrages exprimés, un chiffre légèrement révisé à la hausse par rapport aux résultats provisoires.
Dave Mafoula, candidat malheureux, avait comparu sans avocat pour dénoncer ce qu’il a qualifié de multiples irrégularités : bourrage d’urnes, corruption d’électeurs, changements de dernière minute dans les bureaux de vote. Malgré la gravité des accusations, la Cour n’a pas fait droit à ses arguments. Le requérant, vêtu d’une chemise et d’un costume sans cravate, a exprimé sa déception après l’audience, appelant à la vérité et à la réconciliation nationale face à ce qu’il perçoit comme une justice aux ordres. Ses critiques n’ont toutefois pas altéré la sérénité affichée par le camp présidentiel.
Cette validation judiciaire s’inscrit dans une logique institutionnelle bien rodée. Arrivé au pouvoir pour la première fois en 1979, Denis Sassou Nguesso a vu son règne marqué par une alternance relative avant un retour en force par les armes en 1997, puis par des révisions constitutionnelles lui permettant de se représenter sans limite. Le scrutin du 15 mars, marqué par une abstention relative malgré un taux officiel de participation de près de 86 %, s’est déroulé dans un climat où l’opposition, affaiblie et fragmentée, n’a jamais réellement pesé face au rouleau compresseur de la machine présidentielle.
Désormais libérée de tout obstacle judiciaire, l’équipe présidentielle se tourne vers la prochaine étape cérémonielle. L’investiture pour ce cinquième mandat consécutif est prévue le 16 avril dans un stade situé au nord de la capitale, un choix géographique qui n’est pas anodin dans un pays où les équilibres régionaux et les allégeances politiques structurent encore profondément le jeu de pouvoir. Pour le régime, cette cérémonie marquera le début d’un nouveau quinquennat placé sous le signe de la continuité.
Me Yvon Eric Ibouanga, l’un des avocats du président réélu, s’est félicité de la décision, qualifiant la requête de Dave Mafoula de « baroud d’honneur ». Selon lui, la procédure a été menée de manière contradictoire et professionnelle, et la décision rendue ne ferait que refléter des « éléments objectifs ». Ce satisfecit contraste avec la frustration exprimée par le camp du requérant, qui dénonce une justice aux ordres et une opposition réduite à l’impuissance.
Dave Mafoula, dans sa déclaration, a appelé à l’unité nationale et déploré une division qu’il juge mortifère pour l’avenir du pays. Son échec devant la Cour constitutionnelle sonne comme un constat supplémentaire de l’incapacité de l’opposition à contester efficacement le pouvoir en place par les voies légales. En l’absence de figures rassembleuses et de ressources politiques conséquentes, le paysage d’opposition semble plus que jamais dispersé, laissant le champ libre à un exécutif qui contrôle désormais l’ensemble des leviers de l’État.



