Le tribunal correctionnel d’Abidjan a condamné, mardi 2 juin 2026, les influenceurs Apoutchou National et Lionel PCS à des peines de prison ferme pour blanchiment de capitaux. Le premier écope de trois ans de détention et d’une amende de 264 millions de FCFA. Le second est condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme, assorti de la même sanction financière. Un verdict sans appel dans un pays où l’exposition ostentatoire de l’argent sur les réseaux sociaux est devenue un phénomène de société.
L’affaire repose sur des vidéos virales montrant Apoutchou National brandissant des liasses de billets en espèces. Ces images ont déclenché l’ouverture d’une enquête par le Pôle pénal économique et financier, une juridiction spécialisée dans les crimes financiers. Les investigations ont établi que ces fonds, exposés sans justification légale, provenaient de circuits non traçables, caractérisant le délit de blanchiment. Le parquet avait requis sept ans de prison contre les deux prévenus. Si le tribunal a réduit les peines, leur caractère ferme et le montant de l’amende constituent une sanction exemplaire.
Ce verdict intervient alors que la Côte d’Ivoire figure toujours sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI), depuis 2021. Cette classification oblige le pays à renforcer son dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Abidjan multiplie les réformes législatives et les actions judiciaires pour démontrer sa conformité aux normes internationales. Dans ce cadre, la condamnation très médiatisée d’influenceurs populaires vise à prouver que la justice ne ferme pas les yeux, y compris sur les délits commis via les plateformes numériques.
À court terme, ces peines devraient dissuader d’autres personnalités publiques d’exposer des liquidités sans origine claire. Les avocats des deux condamnés ont annoncé leur intention de faire appel, ce qui pourrait allonger la procédure. Mais au-delà des cas individuels, ce jugement ouvre la voie à un contrôle plus strict des revenus des influenceurs en Côte d’Ivoire. Le ministère des Finances pourrait exiger des déclarations de patrimoine ou des audits fiscaux systématiques pour les créateurs de contenu aux revenus suspects.
Pour les observateurs de la scène judiciaire ivoirienne, cette affaire marque un tournant. Pendant longtemps, les influenceurs évoluaient dans une zone grise, mélangeant business, divertissement et illégalité financière sans craindre les poursuites. Le message est désormais clair : montrer des liasses de billets sur TikTok ou Instagram peut conduire en prison. Reste une interrogation : la justice va t elle s’attaquer aux systèmes plus sophistiqués de blanchiment, ceux qui passent par l’immobilier ou les sociétés écrans ? Pour l’instant, le coup de semonce est médiatique. Mais les attentes sont désormais plus élevées.



