Le Premier ministre ivoirien, Robert Beugré Mambé, et l’ensemble de son gouvernement ont présenté leur démission collective au président Alassane Ouattara ce mercredi 8 janvier. Le chef de l’État a accepté cette démarche, une formalité politique qui intervient systématiquement après des élections législatives dans le pays. Le gouvernement démissionnaire est chargé de l’expédition des affaires courantes en attendant la formation d’une nouvelle équipe.
Cette démission fait directement suite au scrutin législatif du 27 décembre dernier, qui a consacré une victoire écrasante du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), le parti présidentiel. Lors d’un Conseil des ministres dédié, le Premier ministre a salué un résultat historique, affirmant que le RHDP avait obtenu “une large majorité parlementaire dépassant 77 % des sièges”. Il a vu dans ce score une confirmation de “l’adhésion de la population” à la vision d’Alassane Ouattara.
Cette procédure s’inscrit dans une tradition républicaine ivoirienne bien établie, bien que non explicitement requise par la Constitution. Elle marque le début d’un cycle politique post-électoral, permettant au président, fort d’une nouvelle assise parlementaire, de remodeler son exécutif. La pratique vise à réajuster l’action gouvernementale aux priorités du nouveau mandat et offre l’opportunité d’opérer des changements dans l’équipe en place. Elle intervient dans un contexte où le RHDP, après une réélection présidentielle contestée en 2020 suivie d’un boycott de l’opposition, a retrouvé une opposition parlementaire réduite mais présente.
La perspective immédiate est désormais la nomination par Alassane Ouattara d’un nouveau Premier ministre, qui sera chargé de proposer la composition du prochain gouvernement. Les attentes sont claires : le président a demandé à l’équipe sortante, en attendant, de “redoubler d’efforts” pour obtenir “des résultats concrets”, tant dans l’amélioration des services publics que dans la réalisation d’infrastructures, le tout dans le “respect de l’orthodoxie budgétaire”. Le prochain cabinet devra incarner cette exigence de performance.
La recomposition ministérielle qui s’annonce sera scrutée à la loupe. Plusieurs membres du gouvernement démissionnaire ont en effet été élus députés le 27 décembre. Ils devront choisir entre un mandat à l’Assemblée nationale et un portefeuille ministériel, ces deux fonctions étant incompatibles. Leurs choix et les nominations qui suivront révéleront les équilibres internes du RHDP et les priorités sectorielles du quinquennat à venir.
Au-delà du simple remaniement technique, cette période est un test de la capacité du pouvoir à renouveler ses cadres et à insuffler une dynamique nouvelle après plus d’une décennie de gouvernance Ouattara. La taille et la composition du futur gouvernement seront des indicateurs politiques majeurs. La forte majorité parlementaire, tout en offrant une grande liberté d’action à l’exécutif, place également la barre très haut en matière de résultats attendus par la population sur les questions économiques et sociales.



