Alors que la Côte d’Ivoire veut porter sa production d’or à 100 tonnes d’ici 2035, les banques implantées dans le pays prennent une place croissante dans le financement des nouveaux projets. Mais leur rôle reste essentiellement celui de créanciers, loin des montages complexes des investisseurs étrangers.
La compagnie minière australienne Resolute Mining a signé, le mardi 3 novembre, des conventions de financement avec plusieurs banques locales pour mobiliser 148 milliards FCFA, soit près de 253 millions USD, destinés à la construction de sa future mine Doropo. L’opération illustre la participation des capitaux locaux au financement des nouvelles mines d’or attendues en Côte d’Ivoire, aux côtés des bailleurs de fonds étrangers.
L’enveloppe mobilisée auprès d’un pool réunissant la Banque nationale d’investissement (BNI), Bank of Africa (BOA), BGFI Bank, AFG Bank, NSIA Banque, Bridge Bank et la Banque de l’Union (BDU) représente près de la moitié du coût initial du projet Doropo, estimé à 516 millions USD, soit environ 311 milliards FCFA. Resolute prévoit de compléter ce financement par ses liquidités existantes et les flux de trésorerie générés par ses mines en exploitation. Ce montage offre un exemple précis de la participation d’institutions implantées en Côte d’Ivoire au financement d’un nouveau projet aurifère, là où d’autres opérations restent plus opaques sur l’affectation réelle des fonds.
De 59,33 tonnes en 2025, la Côte d’Ivoire ambitionne de porter sa production aurifère à 100 tonnes d’ici 2035. Plusieurs projets sont en développement pour contribuer à cet objectif, notamment Assafou, Boundiali et Afema, dont les mises en production sont attendues entre 2028 et 2029. Le projet Koné a ouvert la voie à cette nouvelle génération de mines, avec son entrée en production en septembre dernier sous l’impulsion du groupe canadien Montage Gold. Ce dernier a mobilisé 825 millions USD auprès de deux partenaires internationaux, Wheaton Precious Metals et le chinois Zijin Mining, avant d’obtenir en avril 2026 une facilité de crédit de 31,5 milliards FCFA auprès d’AFG Bank pour couvrir ses besoins en fonds de roulement.
Pour Assafou, Boundiali et Afema, les opérateurs doivent encore franchir l’étape de la décision finale d’investissement, même si les travaux préalables à la construction ont démarré sur les trois sites. Leurs stratégies reposent à la fois sur des ressources propres et sur des sources extérieures. Pour Boundiali, dont les besoins sont estimés à 342 millions USD, Aurum Resources envisage de recourir à une dette senior auprès de banques commerciales et d’institutions financières de développement africaines et internationales. Endeavour Mining prévoit, de son côté, de mobiliser ses flux de trésorerie pour financer Assafou, dont le coût est estimé à environ 1 milliard USD, après avoir déjà sollicité Ecobank CI pour construire Lafigué.
Les financements recensés dessinent un positionnement différencié entre acteurs locaux et internationaux. Les premiers interviennent essentiellement comme créanciers, à travers des prêts bancaires destinés à accompagner la construction des mines, et peuvent en tirer des revenus par les intérêts perçus. Les seconds occupent des positions plus diversifiées, certains intervenant au capital des compagnies minières, comme Zijin Mining avec Montage Gold, ou à travers des mécanismes adossés à la production future, à l’image du streaming proposé par Wheaton Precious Metals. Cette asymétrie rappelle que financement mobilisé localement et origine nationale des capitaux ne se confondent pas : Ecobank CI, filiale majoritairement détenue par le groupe panafricain basé au Togo, en est l’illustration.
Au-delà des montants, cette participation traduit l’intérêt de l’écosystème financier ivoirien pour l’essor de l’industrie aurifère et les retombées qu’il pourrait en tirer, au-delà des exportations, recettes fiscales, redevances et emplois. Le recours aux banques implantées dans le pays ouvre la perspective d’une intégration plus poussée de l’activité minière dans cet écosystème. Plusieurs projets doivent toutefois encore préciser leur structure de financement, et leur évolution permettra de mieux apprécier la place que les capitaux locaux pourront réellement prendre. Reste aussi à voir comment cette offre se diversifiera : si les banques semblent pour l’heure occuper une place centrale, les investisseurs privés nationaux et les investisseurs institutionnels, comme les compagnies d’assurance ou les fonds de pension, constituent d’autres catégories d’acteurs susceptibles de participer à cet effort, sous réserve d’un intérêt et de conditions d’investissement adaptés au secteur minier.



