Le paysage sanitaire ivoirien s’apprête à connaître une mutation structurelle majeure. À l’issue du Conseil des ministres du 5 août 2026, le gouvernement a adopté deux décrets fondamentaux qui redessinent les contours de la formation médicale et de la prise en charge des pathologies lourdes. Le premier érige l’Institut national de formation des agents de santé (INFAS) au rang d’Établissement public hospitalier national (EPHN), tandis que le second réorganise le Centre national d’excellence en prévention et traitement de l’insuffisance rénale (CNEPTIR), avec une avancée notable pour la dialyse pédiatrique.
L’INFAS, jusqu’alors classé comme Établissement public à caractère administratif (EPA), change ainsi de dimension pour endosser le statut d’hôpital d’enseignement. Ce basculement ne se limite pas à une simple formalité administrative. Il implique une restructuration profonde de son cadre organique et de son fonctionnement, avec pour ambition de rehausser significativement la qualité de la formation initiale et continue des personnels soignants. L’objectif affiché est clair : faire de cet institut un vivier de compétences d’excellence, capable d’alimenter les hôpitaux du pays en professionnels aguerris et en phase avec les standards internationaux.
Cette réforme s’inscrit dans la continuité de la loi N° 2019-678 du 23 juillet 2019 portant réforme hospitalière, qui vise à moderniser l’offre de soins nationale. En transformant l’INFAS en EPHN, l’État ivoirien agit sur l’un des maillons faibles du système : la adéquation entre les compétences théoriques et les réalités du terrain clinique. Par ailleurs, la révision du statut du CNEPTIR, créé en 2012 et déjà converti en EPHN en 2022, illustre une volonté de perfectionner un outil jugé stratégique, alors que les maladies rénales représentent un fardeau sanitaire croissant en Afrique de l’Ouest, souvent aggravé par un accès limité aux soins spécialisés.
Au-delà des annonces, l’enjeu réside dans la capacité à traduire ces décrets en améliorations tangibles pour les patients. Pour l’INFAS, le passage au statut d’EPHN pourrait faciliter les partenariats avec des universités étrangères et l’accès à des financements dédiés à la recherche appliquée. Mais ce changement impose aussi une exigence de moyens humains et logistiques, sans quoi le saut qualitatif resterait lettre morte. Par ailleurs, l’élargissement des missions du CNEPTIR à la prise en charge des enfants est une avancée sociétale majeure. Elle répond à une urgence longtemps occultée, celle des jeunes insuffisants rénaux qui, faute de structures adaptées, étaient jusqu’ici orientés vers l’étranger ou privés de soins.
L’extension des services du CNEPTIR aux jeunes patients est particulièrement emblématique des nouvelles priorités gouvernementales. L’hémodialyse et la transplantation rénale, des actes lourds et coûteux, seront désormais accessibles à une population vulnérable pour laquelle le pronostic vital est souvent engagé à court terme. Ce virage implique la formation d’équipes pluridisciplinaires spécialisées en néphrologie pédiatrique, un domaine encore rare sur le continent. Les décrets pris ce mercredi dessinent ainsi une vision intégrée de la chaîne de soins, reliant la formation initiale des agents aux pathologies complexes, dans un souci d’équité territoriale et sociale.
Reste que le succès de ces réformes dépendra de l’effectivité des financements et de la rigueur de leur mise en œuvre. Les personnels soignants, souvent confrontés à des conditions de travail éprouvantes, attendent des signes tangibles de cette modernisation, notamment en termes de rémunération et d’équipements. La transformation de l’INFAS en EPHN pourrait également redéfinir les relations entre les hôpitaux universitaires et les structures périphériques, à condition de ne pas créer un système à deux vitesses. En définitive, ces deux décrets posent des jalons ambitieux, mais leur succès se mesurera à l’aune de l’amélioration réelle de l’offre de soins dans les prochains mois.



