Le Cameroun est le pays africain au rendement cotonnier le plus élevé, selon le dernier rapport du Département américain de l’agriculture (USDA). Avec une production de 1,54 tonne par hectare pour la campagne 2023/2024, la première économie de la CEMAC surclasse largement les poids lourds ouest-africains de la filière.
Cette performance est d’autant plus remarquable que le Cameroun y consacre des surfaces bien inférieures à celles de ses homologues d’Afrique de l’Ouest. Son rendement est plus du double de la moyenne (0,54 t/ha) des cinq principaux producteurs ouest-africains, et dépasse même celui de l’Inde, second producteur mondial (0,85 t/ha). Ce leadership s’explique par une approche rigoureuse de la production, alliant respect strict des calendriers agricoles, utilisation optimisée des intrants et qualité des semences.
Ce tableau contraste fortement avec la situation historique en Afrique subsaharienne, où la culture cotonnière, souvent pluviale et extensive, a longtemps été associée à de faibles productivités. La filière, pilier économique pour des millions de petits agriculteurs, a connu des décennies de défis structurels : volatilité des prix mondiaux, difficultés de financement et vétusté des infrastructures. La réussite camerounaise s’inscrit donc en rupture avec cette norme régionale.
La pérennité de ce modèle reste néanmoins à l’épreuve du temps et des aléas. La dépendance à un encadrement technique centralisé, incarné par la société d’État Sodecoton, pose la question de sa résilience face à d’éventuels chocs institutionnels ou budgétaires. Par ailleurs, l’avantage compétitif fondé sur la productivité pourrait être remis en cause par la montée en puissance d’autres pays, comme l’Ouganda (1,51 t/ha) qui se positionne juste derrière le Cameroun, ou par l’évolution des coûts de production.
Le classement de l’USDA révèle d’autres dynamiques africaines. Derrière le Cameroun et l’Ouganda, on trouve le Soudan (1,36 t/ha) et l’Égypte (0,96 t/ha), dont les performances reposent largement sur des systèmes de production irrigués, un avantage comparatif majeur face aux cultures pluviales dominantes ailleurs. Le Bénin (0,73 t/ha), seul pays d’Afrique de l’Ouest dans ce top cinq continental, montre qu’une amélioration est possible dans le bassin de production historique.
Enfin, ce rapport rappelle l’écart qui persiste entre l’Afrique et les leaders mondiaux de la productivité. La Chine caracole en tête avec 3,18 t/ha, suivie du Brésil (2,91 t/ha) et de l’Australie (2,48 t/ha). Ces chiffres soulignent que l’enjeu pour l’Afrique ne se limite pas à une compétition intracontinentale, mais bien à une nécessaire mutation structurelle pour renforcer sa compétitivité sur un marché mondial très concurrentiel, où les volumes bruts ne suffisent plus.
Classement des pays africains en fonction du niveau de rendement du coton (USDA)
| Rang | Pays | Rendement (en tonne/ha) |
| 1 | Cameroun | 1,54 |
| 2 | Ouganda | 1,51 |
| 3 | Éoudan | 1,36 |
| 4 | Egypte | 0,96 |
| 5 | Bénin | 0,73 |
| 6 | Nigeria | 0,56 |
| 7 | Mali | 0,53 |
| 8 | Burkina Faso | 0,46 |
| 9 | Côte d’Ivoire | 0,44 |
| 10 | Tanzanie | 0,44 |
| 11 | Zimbabwe | 0,34 |



