Il n’y a pas eu de calcul, pas d’arrangement, pas de honte. Samedi à Kansas City, l’Algérie et l’Autriche se sont neutralisées sur le score de 3-3 dans un match d’une intensité rare, décrochant ainsi leur billet pour les seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Les deux nations, qui n’avaient besoin que d’un point pour valider leur qualification, ont livré une partition bien éloignée des suspicions qui planaient sur ces retrouvailles, quarante-quatre ans après le tristement célèbre « match de la honte » de Gijon. L’Iran, troisième du groupe, paie le prix fort et rentre à Téhéran avec l’amertume d’une élimination cruelle.
Menés deux fois au score, les Algériens ont puisé dans leurs ressources pour arracher ce résultat salvateur. Rafik Belghali, auteur d’un but magnifique juste avant la pause, et Ryad Mahrez, capitaine inspiré signataire d’un doublé, ont porté les Fennecs vers ce point précieux. Les Autrichiens, eux, ont répondu coup pour coup par l’intermédiaire de Marko Arnautovic, Marcel Sabitzer et Sasa Kalajdzic, ce dernier égalisant dans le temps additionnel sur un dernier centre désespéré. Ce scénario de folie, avec des revirements incessants et un engagement physique total, a tenu en haleine les quelque 70 000 spectateurs de l’Arrowhead Stadium, bien loin des passes à dix que certains craignaient en fin de rencontre.
Ces retrouvailles entre l’Autriche et l’Algérie ne pouvaient pas être anodines. En 1982, à Gijon, les deux nations s’étaient affrontées dans des circonstances bien différentes, lorsque l’Autriche s’était délibérément inclinée face à l’Allemagne de l’Ouest pour éliminer l’Algérie, alors en pleine révélation. Ce match, entré dans l’histoire comme la « mascarade de Gijon », avait laissé des traces profondes chez les Fennecs, qui y voyaient une injustice planétaire et un écho amer de l’Anschluss de 1938. Quarante-quatre ans plus tard, la mémoire de cet affront demeurait vivace, et la moindre suspicion d’arrangement aurait rouvert une plaie jamais vraiment refermée.
Le tirage au sort des seizièmes de finale promet déjà des oppositions de haut niveau pour les deux qualifiés. L’Algérie, qui termine parmi les huit meilleurs troisièmes, hérite de la Suisse, un adversaire coriace mais abordable, et jouera à Vancouver jeudi prochain. L’Autriche, en revanche, paie sa deuxième place au prix fort, puisqu’elle devra défier l’Espagne, championne d’Europe en titre, à Los Angeles le même jour. Un obstacle quasi insurmontable sur le papier, mais qui n’enlève rien à la satisfaction d’avoir vu ce groupe se jouer sans calcul, dans un esprit offensif qui honore le football.
Loin des vieux démons, les acteurs de ce match ont livré une prestation qui réhabilite l’idée même de compétition. Les Algériens, animés par un esprit de revanche assumé, ont tenté jusqu’au bout de l’emporter, une victoire qui aurait éliminé leurs adversaires du jour. Les Autrichiens, malgré leur situation favorable, n’ont jamais cherché à gérer, multipliant les offensives et les occasions franches. Ce match, par son intensité et son scénario renversant, écrit une nouvelle page de l’histoire entre les deux pays, une page plus glorieuse, où le jeu et l’engagement ont pris le pas sur les calculs et les suspicions.
Dans l’autre rencontre du groupe, l’Argentine s’est baladée face à la Jordanie (3-1) sans avoir besoin de forcer son talent. Lionel Scaloni avait largement fait tourner son effectif, laissant sur le banc Lionel Messi, entré en jeu à l’heure de match pour la plus grande joie du public. Le roi Leo, acclamé comme il se doit, a offert un nouveau chef-d’œuvre sur coup franc direct, son sixième but en trois rencontres, portant à dix-neuf son total en six éditions de Mondial. L’Argentine, déjà assurée de la première place, affrontera le surprenant Cap-Vert en seizièmes, avant un possible choc contre l’Égypte ou l’Australie. Les champions du monde ont toutefois concédé leur premier but du tournoi, inscrit par Mousa al-Tamari, l’attaquant du Stade rennais, qui n’aime pas qu’on le compare abusivement à Messi.



