Selon les prévisions de l’Economist Intelligence Unit pour 2026, la croissance économique du continent africain sera portée par un groupe dynamique de treize pays, principalement situés en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Ces économies sont en passe d’afficher des taux de croissance supérieurs à 6%, une performance nettement au dessus de la moyenne continentale et mondiale.
Cette cohorte performante comprend le Sénégal, la Guinée, le Libéria, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Niger, l’Éthiopie, l’Ouganda, la Tanzanie et le Rwanda. Hors de ces deux régions, la Libye, avec sa reconstruction, et le Mozambique, avec ses mégaprojets gaziers, se distinguent également. Les moteurs de cette croissance identifiés par le rapport sont clairs : des investissements massifs et continus dans les infrastructures, une urbanisation rapide, la digitalisation des économies et de lourds investissements dans le secteur énergétique, entre exploitation des hydrocarbures et développement des renouvelables.
Cette projection optimiste pour une partie du continent s’inscrit dans un contexte global africain marqué par de fortes disparités et des vulnérabilités persistantes. De nombreux pays restent aux prises avec des niveaux d’endettement public élevés, les rendant sensibles aux chocs extérieurs et aux fluctuations des marchés financiers internationaux. L’exemple sud africain illustre cette dualité : la première économie industrialisée du continent devrait, elle, connaître une croissance plus modeste, comprise entre 1,5% et 3%, freinée par des taux d’intérêt élevés et des barrières tarifaires sur ses exportations.
Les perspectives pour 2026 sont donc mitigées. D’un côté, un risque accru de détérioration des finances publiques pour les États les plus fragiles, qui devront engager des réformes budgétaires et structurelles souvent douloureuses. De l’autre, la confirmation d’un rééquilibrage géographique de la croissance en Afrique, où les économies d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, portées par des marchés intérieurs en expansion et des investissements ciblés, prennent le relais de poids lourds historiques en difficulté. Une amélioration conjoncturelle est toutefois attendue en Afrique du Sud dans le second semestre 2026.
Cette dynamique régionale ne doit pas occulter les défis sous jacents. Une croissance tirée par les infrastructures et les ressources naturelles n’est pas toujours synonyme de création d’emplois massifs ou de réduction des inégalités. La qualité de la gouvernance et la capacité à transformer cette croissance économique en développement humain durable seront des facteurs déterminants pour pérenniser ces performances. La réussite des pays comme le Rwanda ou la Côte d’Ivoire repose en partie sur des politiques publiques volontaristes dans la diversification et l’amélioration du climat des affaires.
En définitive, le tableau pour 2026 est celui d’une Afrique résiliente mais à la croisée des chemins. La trajectoire des treize pays à forte croissance démontre le potentiel du continent lorsqu’une relative stabilité politique et des investissements stratégiques se conjuguent. Cependant, l’ombre de la dette et la dépendance aux matières premières rappellent que cette embellie reste conditionnée à la capacité des gouvernements et de la communauté internationale à construire des modèles économiques plus inclusifs et moins vulnérables aux soubresauts de l’économie mondiale.



