La Corée du Nord rejette les accusations du FBI qui lui imputent le piratage record de 6,3 milliards de dollars contre Binance. Pyongyang dénonce une « grave provocation politique » et Washington émet des doutes sur la responsabilité de Pyongyang.
La Corée du Nord a rejeté mardi les accusations du FBI selon lesquelles elle serait à l’origine du piratage de 6,3 milliards de dollars contre la plateforme d’échanges de cryptomonnaies Binance. Kim Yo-jong, sœur du dirigeant Kim Jong-un, a qualifié ces affirmations de « grave provocation politique », rapporte l’agence de presse d’État KCNA.
Dans un communiqué diffusé par KCNA, Kim Yo-jong a estimé que les accusations américaines relevaient d’une « rhétorique absurde n’apportant rien de nouveau ». Elle a dénoncé le fait que les États-Unis « trompent l’opinion publique internationale, comme si tous les cybercrimes commis dans différentes parties du monde étaient de notre fait ». Ces déclarations interviennent après que le FBI a désigné, samedi 31 octobre, le groupe de pirates nord-coréens TraderTraitor comme responsable du vol, survenu aux alentours du 29 octobre 2026. La police fédérale américaine a précisé que les voleurs s’employaient à blanchir les actifs siphonnés, notamment en les convertissant en Ether, et a publié une liste d’environ 500 adresses Ethereum à bloquer.
Cette affaire s’inscrit dans une série d’accusations récurrentes de Washington contre Pyongyang en matière de cybercriminalité. En février 2025, le FBI avait déjà imputé à TraderTraitor le piratage de la plateforme ByBit, pour un montant de 1,5 milliard de dollars, alors le vol le plus important jamais enregistré dans les cryptomonnaies. Le montant dérobé à Binance représente quatre fois cette somme. Ces accusations s’ajoutent à un contexte de tensions persistantes entre les États-Unis et la Corée du Nord, malgré les déclarations de Donald Trump sur ses bonnes relations personnelles avec Kim Jong-un.
L’issue de cette affaire reste incertaine. Donald Trump a émis des doutes sur l’implication de Pyongyang, déclarant à des journalistes depuis sa résidence en Floride : « Je ne suis pas inquiet. Nous sommes en train d’en apprendre davantage. Nous ne savons pas si c’est la Corée du Nord. » Cette position contraste avec celle du FBI et pourrait peser sur la réponse américaine. Par ailleurs, la question du blanchiment des fonds volés reste ouverte, les autorités ayant appelé les acteurs du secteur à bloquer les transactions liées aux adresses identifiées.
L’affaire a également révélé la vulnérabilité de Binance. Après le piratage, la plateforme avait suspendu les retraits pour stopper l’hémorragie, avant de les réautoriser partiellement le dimanche 1er novembre. Cette reprise avait des airs de test de la confiance des détenteurs de cryptomonnaies dans le numéro un mondial du secteur, qui revendique 335 millions d’utilisateurs et a promis que ses clients ne seraient pas lésés, rachetant des cryptomonnaies pour couvrir les pertes.
Cette attaque intervient alors que de nombreux observateurs expriment leurs inquiétudes quant au fait que les capacités toujours plus étendues des modèles d’intelligence artificielle pourraient compromettre les protocoles de sécurité informatique. Le piratage de Binance, par son ampleur inédite, illustre les défis croissants auxquels font face les plateformes d’échanges face à des acteurs étatiques ou parrainés par des États, et pose la question de la fiabilité des infrastructures financières numériques à l’échelle mondiale.



