Le géant pétrolier nigérian Dangote a suspendu sa politique de vente de l’essence en dollars, une décision qui met fin à une semaine d’incertitude sur le marché local. Désormais, le Premium Motor Spirit (PMS) est de nouveau facturé en naira, mais à un prix revu à la hausse, fixé à 1 215 nairas le litre, soit une augmentation de 13 % par rapport au tarif antérieur.
Ce revirement survient alors que la raffinerie de Dangote avait provoqué un choc chez les opérateurs en annonçant, le 9 juillet, la transition vers une facturation exclusivement en dollars pour toutes ses transactions, y compris les livraisons côtières et les chargements au dépôt. Sous ce régime, le gazole était proposé à 1,087 dollar le litre et le kérosène à 0,942 dollar. Mais face aux réactions du marché et aux difficultés d’accès aux devises pour les distributeurs indépendants, le groupe a fait machine arrière. Une note interne, consultée mercredi, confirme la reprise des commandes en naira et annule toutes les factures pro forma libellées en dollars précédemment émises.
Ce changement de cap intervient dans un contexte économique nigérian toujours fragile, marqué par une inflation persistante et une pression constante sur la monnaie locale. Depuis la suppression des subventions sur les carburants en 2023, le prix de l’essence est un indicateur politique et social ultrasensible. La décision initiale de Dangote de facturer en dollars avait semé la panique chez les opérateurs, contraints de se tourner vers des dépôts privés plus coûteux, aggravant une spéculation déjà vive. En rétablissant la facturation en naira, Dangote répond à une exigence de stabilité, mais aussi à une pression implicite des autorités, soucieuses de ne pas voir le prix à la pompe s’envoler davantage.
Pour les semaines à venir, l’enjeu est désormais de savoir si ce nouveau prix de 1 215 nairas par litre sera répercuté intégralement sur les consommateurs ou si l’État interviendra via un mécanisme de compensation. Les distributeurs, qui respirent avec le retour au naira, restent néanmoins sur leurs gardes : la volatilité du taux de change pourrait à nouveau fragiliser cet équilibre. La raffinerie de Dangote, qui se veut un pivot de l’indépendance énergétique du Nigeria, devra prouver sa capacité à maintenir des prix compétitifs sans recourir à la devise américaine, sous peine de raviver les tensions sur un marché déjà à vif.
Les indépendants du secteur, qui avaient suspendu leurs achats pendant la crise, ont accueilli ce retour au naira avec soulagement, mais non sans amertume. « Cette volte-face nous a coûté une semaine de planification et des marges réduites, mais elle évite le pire, à savoir une rupture d’approvisionnement », confie un opérateur de Lagos, sous couvert d’anonymat. La décision de Dangote illustre aussi la difficulté pour les grands industriels de concilier logique d’entreprise et réalité sociale dans un pays où le pouvoir d’achat est érodé. En fixant un prix plus élevé que l’ancien barème en naira, le raffineur signale toutefois qu’il n’entend pas absorber seul le coût du risque de change.
Au-delà du cas nigérian, cette péripétie rappelle les dilemmes auxquels sont confrontées les grandes infrastructures énergétiques du continent : comment rester rentable sans devenir inaccessible ? La raffinerie de Dangote, vitrine de la souveraineté industrielle nigériane, est scrutée par l’ensemble de la sous-région ouest-africaine, où elle pourrait à terme exporter ses excédents. Ce récent épisode démontre que la transition vers des prix de marché, bien que nécessaire, se heurte à des contraintes structurelles fortes. Les autorités monétaires et pétrolières nigérianes devront, dans les prochains mois, clarifier leurs règles pour éviter que de telles turbulences ne se reproduisent, pénalisant à la fois les entreprises et les consommateurs.



