La Corée du Sud va étendre sa mission anti-piraterie de la Corne de l’Afrique vers les eaux proches du détroit d’Ormuz. Séoul entend protéger ses approvisionnements pétroliers sans s’impliquer militairement dans le conflit entre Washington et Téhéran.
La Corée du Sud a annoncé l’extension de ses opérations navales depuis les eaux situées au large de l’Afrique de l’Est vers celles proches du détroit d’Ormuz. Le déploiement de moyens de surveillance et de détection de mines supplémentaires se fera malgré les avertissements de l’Iran et les pressions des États-Unis.
Concrètement, l’unité Cheonghae, qui protège depuis 2009 les navires commerciaux dans le golfe d’Aden au large de la Somalie, sera redéployée vers les eaux situées près du port omanais de Duqm, à 650 kilomètres du détroit stratégique. Selon l’agence Yonhap, l’unité, actuellement dotée d’un destroyer de 4 400 tonnes, d’un hélicoptère maritime et de patrouilleurs, recevra un avion de patrouille maritime P-8A, des spécialistes du déminage et des équipements de détection de mines sans pilote. Ses effectifs augmenteront de 75 personnes. Ce renforcement intervient alors que les menaces contre la navigation commerciale s’intensifient dans le détroit d’Ormuz, qui assure habituellement un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole, avec des dizaines de navires attaqués depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran en février. Le mois d’octobre a enregistré le plus grand nombre d’attaques depuis le début du conflit, ce qui ajoute à l’urgence des efforts internationaux pour sécuriser le passage.
Cette décision s’inscrit dans un double étau diplomatique. D’un côté, le président américain Donald Trump a passé des mois à presser la Corée du Sud, le Japon, la Chine, la France et le Royaume-Uni de déployer des navires de guerre et des dragueurs de mines dans le détroit d’Ormuz. Il a ensuite critiqué Séoul pour son soutien jugé insuffisant durant la guerre contre l’Iran, un différend qui a conduit Washington à réduire ses exercices militaires conjoints avec son allié asiatique au cours de l’été. De l’autre côté, Téhéran a mis en garde Séoul contre toute participation à des opérations militaires dans le détroit. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a publié en septembre une déclaration en coréen, soulignant l’importance que l’Iran attache à ses relations amicales avec la Corée du Sud, tout en avertissant qu’une participation à des opérations militaires près du détroit pourrait avoir de « graves conséquences ». Une image accompagnant cette déclaration portait un message plus direct : « Les choix dangereux ont un prix. »
Le ministère sud-coréen de la Défense assure que la mission élargie de Cheonghae restera strictement non combattante et indépendante des forces alliées. « Le renforcement de la mission de l’unité Cheonghae vise à protéger nos citoyens et à sauvegarder nos intérêts économiques », a déclaré un responsable du ministère sous couvert d’anonymat. Les opérations resteront limitées aux eaux ouvertes au sud d’Oman, et l’avion de patrouille maritime aura interdiction de cibler ou de surveiller le territoire iranien, ses eaux territoriales ou l’intérieur du détroit d’Ormuz. Avant cette annonce, le président Lee Jae Myung avait également exclu de déployer des forces sud-coréennes d’une manière qui pourrait entraîner le pays dans le conflit. « Nous avons maintenu jusqu’à présent le principe de non-engagement et de non-intervention dans la guerre, et nous continuerons de le faire », a-t-il déclaré. L’enjeu est économique : la Corée du Sud a importé 70 % de son pétrole du Moyen-Orient en 2025, et la plupart de ces livraisons transitent par Ormuz. L’extension proposée de la mission Cheonghae, dont l’autorisation actuelle expire en décembre 2026, nécessite l’approbation du Parlement.
Séoul envisage également Djibouti, qui accueille d’importantes bases militaires américaines et chinoises, comme base pour ses avions de patrouille maritime P-8A supplémentaires, selon Yonhap. Ce choix logistique illustre la volonté sud-coréenne de projeter sa surveillance sans établir de présence permanente près du détroit. Mais Téhéran continue de mettre en garde contre tout déploiement étranger dans la zone. La déclaration de septembre du porte-parole Baqaei, accompagnée du message « Les choix dangereux ont un prix », montre que l’Iran suit de près la moindre inflexion sud-coréenne. Pour Séoul, l’équation reste délicate : satisfaire un allié américain critique tout en évitant de devenir une cible iranienne, et ce alors que la sécurité de ses approvisionnements énergétiques dépend directement de la stabilité d’un détroit où les attaques se multiplient.



