Le Togo a officiellement lancé une offensive diplomatique et financière pour mobiliser 1,6 milliard de dollars (environ 950 milliards de francs CFA) destinés à la transformation de son agriculture d’ici 2034. Ce plan, baptisé ProMAT, a été réaffirmé le 1er septembre lors d’un entretien entre le président Faure Gnassingbé et son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko, en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. Lomé engage une course contre la montre pour sécuriser ces fonds, nécessaires à la modernisation d’un secteur qui pèse près de 40 % du PIB national et emploie 60 % de la population active.
Le ProMAT ne se limite pas à une simple augmentation des rendements. Il vise une refonte structurelle : mécanisation, irrigation, accès aux intrants, développement des industries de transformation et amélioration de l’accès aux marchés. Pour y parvenir, le gouvernement togolais a choisi une approche multidimensionnelle, mêlant financements publics, prêts concessionnels et capitaux privés. Les besoins estimés couvrent à la fois les infrastructures lourdes, la recherche agronomique et la formation des producteurs. L’enjeu est double : assurer la sécurité alimentaire d’une population en croissance et accroître les recettes d’exportation, notamment dans les filières coton, café et cacao.
L’agriculture togolaise souffre depuis des décennies d’un sous-investissement chronique, d’une faible mécanisation et d’une dépendance aux aléas climatiques. Les tentatives de réformes antérieures se sont heurtées à un manque de moyens et à une coordination insuffisante des bailleurs. Aujourd’hui, la montée des prix des denrées alimentaires sur le marché mondial et les tensions géopolitiques en mer Noire rappellent avec brutalité la vulnérabilité des pays importateurs nets. Dans ce contexte, Lomé entend faire de l’agriculture un levier de souveraineté économique, tout en réduisant sa facture d’importation de blé et de riz. Le choix d’une stratégie de partenariat diversifié répond à une logique pragmatique : ne pas dépendre d’un seul fournisseur ni d’un seul type de financement.
Le passage des déclarations d’intention aux investissements effectifs reste le principal écueil. Si la Biélorussie promet 4 500 machines agricoles et que l’Arabie saoudite a ouvert la porte à des financements via son Fonds d’investissement public, aucun calendrier ni montant ferme n’a encore été rendu public. Par ailleurs, le Togo devra composer avec des partenaires aux agendas parfois concurrents : Minsk est sous sanctions occidentales, ce qui peut compliquer les transactions bancaires, tandis que Riyad exige des rendements financiers élevés. Lomé devra donc arbitrer entre coût politique, efficacité technique et durabilité. Les premiers jalons concrets sont toutefois posés : la Banque mondiale a déjà débloqué 300 millions de dollars en juin 2025, et l’Africa Finance Corporation a apporté 108,3 millions d’euros en juin 2026 pour la modernisation de l’appareil agricole.
La coopération avec le Brésil, matérialisée par un protocole d’accord signé en février avec l’Institut Daniel Franco, ouvre une piste intéressante dans les domaines de l’élevage et de l’agro-négoce. Le Brésil, géant agricole, dispose d’un savoir-faire reconnu en matière de gestion des grandes cultures tropicales et de semences adaptées. La Chine, de son côté, continue de fournir du matériel agricole à des conditions compétitives, mais sans engagement financier direct dans ProMAT. Ces partenariats complémentaires montrent que Lomé ne mise pas tout sur un seul cheval, mais cherche à créer un écosystème de soutiens hétérogènes.
Toutefois, la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité des autorités togolaises à coordonner ces apports disparates et à les intégrer dans un cadre budgétaire cohérent. L’expérience montre que les plans agricoles ambitieux échouent souvent par manque de suivi, de gouvernance ou d’appropriation locale. Le défi ne sera pas seulement financier, mais aussi institutionnel : former les agriculteurs, entretenir les équipements, sécuriser les circuits de distribution. Enfin, la transparence dans l’utilisation des fonds sera scrutée, tant par les partenaires internationaux que par une opinion publique togolaise sensible aux inégalités d’accès aux terres et aux intrants. Lomé joue une partition décisive pour la décennie à venir.


