C’est un changement de gouvernance discret mais significatif dans la diplomatie sanitaire du continent. Le Mali assume depuis quelques jours la présidence par intérim du Comité régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Afrique. Cette information, officialisée par un communiqué de la primature malienne, place Bamako au cœur des instances décisionnelles de la santé publique africaine pour les prochains mois.
Concrètement, cette situation découle de l’application du règlement intérieur du Comité. En août 2024, lors de la 74ᵉ session du Comité régional, la ministre malienne de la Santé, Assa Badiallo Touré, avait été élue première vice-présidente pour un mandat d’un an. Le règlement est clair : en cas de vacance à la tête de l’institution, due à l’empêchement ou à la perte de qualité du président en exercice, son suppléant lui succède automatiquement. C’est exactement ce scénario qui s’est produit, propulsant Mme Touré à la tête de l’instance jusqu’en août 2025.
L’élément déclencheur est en effet politique et vient de Lusaka. Le président zambien, Hakainde Hichilema, a limogé le titulaire du poste, Elijah Muchima, de ses fonctions de ministre de la Santé le 19 février dernier. Ce remaniement ministériel a eu un effet domino immédiat sur l’échiquier international : perdant sa qualité de ministre, M. Muchima ne pouvait plus, de fait, conserver la présidence du Comité régional de l’OMS. Cette vacance soudaine a automatiquement activé la clause de succession prévue par les textes.
Cette prise de fonction, bien qu’intérimaire, offre au Mali une visibilité et un poids diplomatique accrus sur la scène sanitaire mondiale. Jusqu’à l’élection du nouveau président, prévue lors de la 76ᵉ session du Comité en août 2026, Bamako aura la lourde tâche de piloter les dossiers régionaux. À ce titre, le Mali présidera notamment la réunion interministérielle prévue en mai 2026, une étape cruciale pour définir les priorités de santé du continent. Par ailleurs, cette fonction confère automatiquement au pays le poste de vice-président de l’Assemblée mondiale de la Santé, l’organe décisionnel suprême de l’OMS réunissant tous les États membres. Une position stratégique pour défendre les intérêts africains face aux grandes orientations globales.
Pour Bamako, cette présidence arrive à un moment charnière. Le pays, dirigé par les autorités de transition, cherche à renouer avec les instances multilatérales et à redorer son image après des années de tensions diplomatiques avec certains partenaires traditionnels. Occuper un tel poste est une opportunité de démontrer sa capacité à contribuer à la gouvernance mondiale, notamment sur des sujets aussi fondamentaux que la lutte contre les pandémies ou le renforcement des systèmes de santé. Reste à voir si la ministre Assa Badiallo Touré saura utiliser ce mandat pour porter une voix forte et rassembleuse, au-delà des clivages politiques qui fragmentent parfois le continent.



