Le président égyptien Abdel Fattah Al‑Sissi a reçu son homologue érythréen Isaias Afwerki lundi 8 juin au Caire. Au cœur des échanges : la sécurité de la mer Rouge et la responsabilité exclusive des États riverains dans la gouvernance de cette zone stratégique. Une déclaration qui vise autant la stabilité régionale que l’éviction des acteurs extérieurs.
Les deux dirigeants ont convenu d’intensifier la coordination bilatérale pour garantir la liberté de navigation en mer Rouge. Al‑Sissi a martelé un principe clé : seuls les pays bordiers ont légitimité à gérer cet espace maritime. En écho, Afwerki a soutenu cette ligne sans ambiguïté. Sur le plan bilatéral, le volet économique n’est pas en reste : le chef d’État égyptien a appelé à stimuler les échanges commerciaux et les investissements, tandis que son hôte a salué le soutien du Caire au développement de l’Érythrée.
Ce rapprochement s’inscrit dans une stratégie égyptienne ancienne mais réactivée : faire de la Corne de l’Afrique une extension de sa sécurité nationale. Depuis l’accord de 2025 sur la mer Rouge, Le Caire cherche à contrer l’influence grandissante d’autres puissances, notamment du Golfe et de la Turquie, dans cette zone névralgique. Les deux présidents s’étaient déjà rencontrés en octobre 2025 pour poser les bases d’une coopération sécuritaire renforcée. L’enjeu dépasse le simple dialogue bilatéral : il s’agit d’une reconfiguration des alliances dans une région marquée par les crises soudanaise, éthiopienne et yéménite.
À court terme, cette visite devrait se traduire par des accords opérationnels de surveillance maritime et des consultations militaires plus fréquentes. Mais les défis sont immenses. La liberté de navigation en mer Rouge est menacée par des acteurs non étatiques et des rivalités entre puissances moyennes. L’affirmation de la « responsabilité exclusive » des riverains est un message clair adressé aux forces extra‑régionales. Reste à savoir si Le Caire et Asmara ont les moyens logistiques et diplomatiques d’imposer cette vision face aux intérêts installés.
Le dossier soudanais a également nourri les discussions. Les deux présidents ont réaffirmé leur soutien à l’unité et à la souveraineté du Soudan, tout en réclamant une sortie urgente du conflit actuel. Un langage de principe qui masque mal les divergences tactiques sur le terrain. L’Égypte craint la désintégration de son voisin du sud, tandis que l’Érythrée, plus discrète, utilise sa position pour peser dans les équilibres régionaux. Enfin, le déjeuner officiel offert par Al‑Sissi ne doit pas faire illusion : derrière les formules de courtoisie, c’est bien une alliance de circonstance, pragmatique et réaliste, qui se construit entre deux régimes habitués à jouer collectif quand leurs intérêts convergent.



