Le Cameroun espère, grâce à la future raffinerie de Kribi, réduire significativement et à court terme sa dépendance aux importations de carburants raffinés. Porté par un partenariat avec l’émirati Ariana Energy, ce projet stratégique pourrait entrer en phase de production partielle dès cette année, selon les déclarations d’un expert à Sputnik Afrique.
L’économiste et expert financier camerounais Jean Marie Biada détaille les retombées économiques directes anticipées. Il évoque en premier lieu une augmentation substantielle de l’offre locale en produits pétroliers finis. Au-delà du raffinage, il souligne le potentiel de développement d’une filière pétrochimique qui servirait de levier à une agriculture de “deuxième génération”. Cette synergie, selon lui, fournirait l’impulsion nécessaire pour que ce secteur prioritaire atteigne enfin sa vitesse de croisière.
Ce projet s’inscrit dans le contexte persistant d’une dépendance énergétique coûteuse pour le Cameroun. Bien que producteur de pétrole brut, le pays importe historiquement l’essentiel de ses carburants consommés, grevant sa balance commerciale et l’exposant aux fluctuations des prix internationaux et des taux de change. Les rares capacités de raffinage existantes, via la vieillissante Sonara, se sont révélées structurellement insuffisantes et vulnérables, comme en a témoigné son arrêt prolongé après un incendie en 2019.
Les perspectives, si le projet aboutit, sont multiples. À court terme, la réduction des importations devrait générer des économies de devises et créer des emplois dans le secteur. À moyen terme, la baisse espérée du coût local des carburants pourrait dynamiser des secteurs clés comme le BTP, les mines ou le transport. Enfin, le renforcement des capacités de stockage associé pourrait améliorer la sécurité d’approvisionnement en énergie pour les ménages et les industries.
L’analyse de Jean Marie Biada met l’accent sur un bénéfice macroéconomique majeur : le renforcement de la souveraineté énergétique nationale. Il y voit un instrument permettant à l’État de desserrer la contrainte extérieure, de stimuler le pouvoir d’achat des citoyens et, in fine, d'”augmenter le corpulence du panier de la ménagère”. Cette vision place la raffinerie au cœur d’une stratégie de développement plus large.
Cependant, cet enthousiasme doit être tempéré par les défis récurrents de tels projets en Afrique. Les retards, les dépassements de coûts et les difficultés de maintenance sont fréquents. La durabilité environnementale d’un tel site à Kribi, zone écologique sensible, devra également être rigoureusement évaluée et gérée. La réussite du projet dépendra en grande partie de la robustesse du partenariat avec Ariana Energy et de la transparence de sa gouvernance.
En définitive, la raffinerie de Kribi incarne une ambition légitime de souveraineté industrielle et économique. Sa concrétisation effective et efficiente sera le véritable indicateur de sa capacité à transformer l’économie camerounaise au-delà des simples projections optimistes. Elle représente un test pour la capacité du pays à mener à bien des projets structurants de grande envergure.



